Le paradoxe n’a jamais été aussi flagrant. D’un côté, l’australien DroneShield engrange un nouveau contrat avec le ministère américain de la Défense, muscle sa production en Europe et voit ses revenus bondir de 121 %. De l’autre, son action chute à 1,28 euro, plus de 65 % sous son pic d’octobre 2025, plombée par une enquête de l’ASIC qui glace les investisseurs. En Bourse, le moindre progrès industriel semble désormais impuissant face à l’ombre d’un scandale.
Le dernier contrat en date porte la signature de la Joint Interagency Task Force 401, une unité clé de coordination antidrone au sein des forces américaines. D’un montant maximal de 24,9 millions USD, il comprend un socle ferme de 19,3 millions et 5,6 millions d’options réparties sur cinq ans. Le groupe livrera des systèmes mobiles et fixes, du matériel, des abonnements logiciels et des prestations de service. Au moins 10 millions AUD issus de ce socle devraient être comptabilisés dans le chiffre d’affaires de l’exercice 2026.
Mais ce qui pourrait être le moteur d’une nouvelle dynamique boursière est pour l’instant éclipsé par une autre actualité. L’Australian Securities and Investments Commission (ASIC) enquête sur l’ancien PDG Oleg Vornik et deux autres dirigeants. En cause : des ventes d’actions réalisées en novembre 2025, juste avant l’annonce puis le retrapage d’un contrat millionnaire. Depuis, les institutionnels se tiennent à distance. L’émission de plus de 800 000 nouvelles actions à la mi-juin a aggravé la méfiance en diluant le capital.
Sur le front opérationnel, l’entreprise accélère pourtant sa mue européenne. La première chaîne de production a démarré en juin, et le 23 juin, une campagne d’approvisionnement a été lancée en Pologne pour intégrer des fabricants locaux. Le nouveau siège européen à Amsterdam vise une capacité annuelle de 2,4 milliards USD d’ici fin 2026. Cette stratégie répond aux cadres « Readiness 2030 » et ReArm Europe, qui privilégient les fournisseurs à valeur ajoutée locale.
La gouvernance se renforce également. Le 1er juillet, le contre-amiral à la retraite Lee Goddard, fort de plus de trente ans d’expérience en sécurité nationale, rejoint le conseil d’administration en tant que directeur indépendant. Il succède à Angus Bean, nommé CEO plus tôt dans l’année. La double mission est claire : transformer un pipeline de projets évalué à 2,2 milliards AUD en commandes fermes, en particulier un méga-contrat attendu de 730 millions AUD d’ici la fin 2026.
Les comptes du premier trimestre 2026 donnent la mesure du potentiel : 74,1 millions AUD de revenus, soit plus du double de l’an dernier. La trésorerie atteint 220 millions AUD, de quoi financer l’expansion sans pression. Pourtant, le marché ne suit pas. Le titre a encore lâché 9 % vendredi, portant la perte sur l’année à près de 35 %. Le RSI à 14 jours plonge à 19,9, en territoire de survente extrême, et l’écart avec la moyenne mobile à 50 jours (1,93 euro) signale un déséquilibre persistant.
Le prochain rendez-vous décisif tombe le 26 août, avec la publication des résultats semestriels. D’ici là, l’action reste suspendue à deux inconnues : la clôture du dossier ASIC et la concrétisation des mégas-projets. Si les fondations industrielles n’ont jamais été aussi solides, l’édifice boursier ne tiendra que si l’étau judiciaire se desserre.
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