Motorola Solutions a mis le prix fort pour s’offrir D-Fend Solutions : 1,5 milliard de dollars, soit huit fois le chiffre d’affaires 2026 attendu de la cible, à 185 millions de dollars. L’opération, annoncée le 1ᵉʳ juin et dont la finalisation est prévue au quatrième trimestre, constitue une référence explicite pour le secteur de la lutte anti-drone. Mais elle souligne aussi l’écart de valorisation dont souffre DroneShield, dont le cours de Bourse reste déconnecté de ses performances opérationnelles.
Car les nouvelles ne manquent pas du côté australien. Lundi, à l’occasion du salon Eurosatory à Paris, DroneShield a inauguré sa production européenne à Amsterdam, le premier système assemblé hors d’Australie. Objectif : répondre localement aux appels d’offres de l’UE et de l’OTAN. Parallèlement, le groupe a décroché un contrat de plusieurs millions de dollars auprès d’une agence militaire américaine. Sur le plan financier, les résultats du premier trimestre 2026 impressionnent : le chiffre d’affaires a bondi de 121 % pour atteindre 74,1 millions de dollars australiens, et les flux de trésorerie d’exploitation sont devenus positifs à hauteur de 24,1 millions. Le carnet de commandes fermes pour l’exercice en cours s’établit à 155 millions de dollars australiens (mi-avril), avec treize grands projets individuels de plus de 20 millions et un programme phare pouvant atteindre 730 millions, dont la décision est attendue au second semestre.
Sur le terrain, DroneShield confirme sa crédibilité. L’américain Parsons a dévoilé le 10 juin son système DroneArmor, qui intègre les capteurs de DroneShield pour détecter et neutraliser les drones de manière autonome – il équipe déjà une agence de sécurité à la frontière sud des États-Unis. Autre référence de poids : la Coupe du monde de football 2026. La police de Kansas City utilise la plateforme DroneShield pour protéger le stade Arrowhead (six matchs) et les zones de supporters, avec des financements du département de la Sécurité intérieure et de la FEMA. L’infrastructure devrait rester en place après le tournoi.
Pourtant, le titre continue de chuter. À 1,72 euro, l’action accuse une baisse de 52 % par rapport à son plus haut d’octobre 2025 et évolue très en deçà de sa moyenne mobile à 50 jours (2,04 euros). Sur les trente derniers jours, la perte atteint près de 11 %. Le RSI, à 38,9, frôle la zone de survente, tandis que la volatilité annualisée sur un mois s’élève à 57 %. Cette défiance a un nom : l’enquête de l’ASIC, le gendarme boursier australien, qui examine les annonces et les transactions de la semaine du 6 au 12 novembre 2025. À l’époque, l’ancien directeur général Oleg Vornik, le président du conseil Peter James et le directeur Jethro Marks avaient cédé d’importants paquets d’actions.
Tant que l’ASIC n’aura pas conclu ses investigations, la prime de valorisation offerte par Motorola à D-Fend restera inaccessible pour DroneShield. Le marché mondial de la lutte anti-drone, estimé à 2,47 milliards de dollars en 2026 et projeté à 8,42 milliards en 2031, assure pourtant un vents porteurs de long terme. Mais l’horizon boursier, lui, reste obstrué par le brouillard réglementaire.
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