L’action DroneShield a bondi de 15,90 % ce lundi pour clôturer à 1,48 euro, un rebond spectaculaire après la séance de vendredi. Mais ce sursaut ne trompe personne : le titre accuse encore une chute de près de 60 % par rapport à son plus haut annuel, et sa volatilité annualisée frôle les 75 %. Une sanction implacable qui contraste violemment avec la santé opérationnelle du groupe australien spécialisé dans la lutte anti-drones.
Un premier trimestre aux allures de raz-de-marée
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Au premier trimestre, DroneShield a dégagé un chiffre d’affaires de 74,1 millions de dollars australiens, soit plus du double par rapport à l’année précédente. Les liquidités ont grimpé à près de 223 millions de dollars, et l’entreprise travaille sans aucune dette. Mieux : les revenus récurrents issus des abonnements SaaS ont bondi de 205 %, à 5,1 millions de dollars.
Le groupe affiche un objectif à long terme d’un milliard de dollars de revenus totaux. Et la machine industrielle tourne déjà à plein régime. Aux États-Unis, une unité spéciale a commandé des systèmes pour près de 25 millions de dollars, tandis que les gardes-frontières américains ont passé une commande de 14 millions destinée au Texas. En Pologne, une nouvelle campagne de production locale a été lancée, et les premiers systèmes entièrement fabriqués en Europe sont sortis des chaînes. D’ici fin 2026, la capacité annuelle pourrait atteindre 2,4 milliards de dollars.
Le carnet de commandes, une bombe à retardement (positive)
La pipeline de contrats est colossale. DroneShield négocie actuellement treize projets d’une valeur unitaire supérieure à 20 millions de dollars. Le plus gros programme représente à lui seul 730 millions de dollars. Au total, le groupe chasse des contrats pour 2,2 milliards de dollars. L’engouement mondial pour la défense anti-drones est tel que le gouvernement américain prévoit d’injecter 1,8 milliard de dollars en 2026, et le Pentagone en réclame plus de 3 milliards à l’avenir.
La Coupe du monde de football sert également de vitrine : à Kansas City, DroneShield déploie un réseau de protection intégré qui pourrait devenir un modèle pour d’autres métropoles. L’entreprise a aussi ouvert un nouveau siège à Amsterdam pour satisfaire aux exigences locales de contenu – l’Union européenne impose un taux de composants européens de 65 % pour les systèmes subventionnés.
L’ombre de l’ASIC ternit le tableau
Malgré cette démonstration de force industrielle, l’action reste engluée près de 28 % en dessous de sa moyenne mobile à 200 jours. La raison ? L’enquête ouverte par l’ASIC, le gendarme boursier australien, sur des transactions internes survenues en novembre dernier. À l’époque, le fondateur Oleg Vornik et l’ancien président du conseil Peter James avaient vendu la totalité de leurs participations. Peu après, le groupe annonçait un contrat majeur, avant de le retirer quelques heures plus tard. Une séquence qui sent le souffre pour un secteur où la conformité réglementaire est une condition sine qua non pour décrocher des marchés gouvernementaux.
L’entreprise assure coopérer pleinement, mais aucun calendrier n’a été communiqué pour la clôture de l’enquête. Résultat : chaque bonne nouvelle opérationnelle est instantanément annihilée par ce passif toxique. Le marché exige des comptes, et tant que l’ASIC n’aura pas rendu son verdict, l’action restera sous pression.
Le 26 août, un rendez-vous décisif
DroneShield publiera ses résultats semestriels le 26 août. Ce sera le premier test concret pour jauger si les nouvelles lignes de production européennes génèrent déjà des bénéfices tangibles. Mais au-delà des chiffres, ce dont le groupe a réellement besoin, c’est d’une remise à zéro réglementaire. Un carnet de commandes record ne suffira pas à libérer le titre de l’emprise de cette enquête.
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