Jamais les banques centrales n’avaient affiché une telle frénésie d’achat. Pourtant, le métal jaune continue de dévisser. À 4 035 dollars l’once, l’or accuse une baisse de près de 7 % depuis le début de l’année, et son sommet de janvier semble désormais hors de portée. Ce paradoxe illustre la lutte entre des forces structurelles haussières et un contexte macroéconomique de plus en plus hostile.
La prime de risque s’évapore avec la trêve américano-iranienne
Le principal choc récent vient de la diplomatie. Les États-Unis et l’Iran ont conclu un accord de cessez-le-feu prévoyant 60 jours de négociations, et la levée du blocus naval autour du détroit d’Ormuz. Conséquence immédiate : le statut de valeur refuge du métal jaune s’effrite. Les investisseurs délaissent l’or pour des actifs plus rémunérateurs, la prime géopolitique fondant comme neige au soleil. Même les préparatifs des obsèques du guide suprême iranien, prévues début juillet, n’altèrent pas cette accalmie.
Ce contexte pèse d’autant plus que la Réserve fédérale resserre son étau. Le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, a relevé sa prévision d’inflation PCE à 3,6 % pour 2026, réduisant à néant l’espoir de baisses de taux. Les marchés intègrent désormais une probabilité de 80 % d’un nouveau tour de vis d’ici la fin de l’année. Un dollar fort et des rendements obligataires attractifs privent l’or de son attrait : pas de coupon, un coût d’opportunité élevé. Warsh s’exprimera d’ailleurs mercredi au forum de la BCE à Sintra, sa première intervention internationale, très attendue.
Des flux paradoxaux : banques centrales contre ETF
Pourtant, jamais la demande officielle n’a été aussi vigoureuse. Selon le World Gold Council, 45 % des 76 banques centrales interrogées prévoient d’accroître leurs réserves d’or dans les douze mois à venir – un record dans l’histoire de l’enquête. Les pays émergents, en quête de diversification hors dollar, mènent la danse. Goldman Sachs maintient son objectif de cours à 4 900 dollars d’ici fin 2026, jugeant la correction conjoncturelle sans effet sur la tendance de fond.
Mais ce soutien public ne compense pas les défections sur le marché des ETF. En Chine, les sept plus grands fonds indiciels adossés à l’or physique ont vu leur actif fondre de plusieurs milliards de dollars en trois mois. Les sorties massives pèsent sur le sentiment général.
L’once à la croisée des chemins techniques
Le tableau est donc contrasté. Goldman Sachs voit le bull market intact, la Deutsche Bank vise 4 300 dollars au troisième trimestre et Morgan Stanley table sur 5 200 dollars. Mais à court terme, c’est bien le seuil des 4 000 dollars qui fait office de dernière ligne de défense. L’indice RSI, à 34, signale un excès de vente, ce qui pourrait favoriser un rebond technique.
Si la barre des 4 000 dollars cède, le prochain support se situe à 3 959 dollars, puis au plus bas des 52 semaines, à 3 901 dollars. En revanche, une reprise au-dessus de 4 106 dollars briserait la tendance baissière entamée en avril. Les prochaines séances, entre pression monétaire et appétit souverain, promettent d’être décisives.
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