La séance de lundi aura au moins eu le mérite de stopper l’hémorragie. Le titre DroneShield a bondi de 10,21 % pour clôturer à 1,16 euro, après un vendredi terminé à 1,05 euro. Un rebond salutaire, certes, mais qui pèse peu face à la dégringolade accumulée : la valeur accuse désormais une perte de 35,63 % depuis le 1er janvier et reste engluée environ 68 % sous son sommet historique de 3,65 euro touché en octobre 2025.
Le choc de la guidance de juillet reste dans toutes les mémoires
Pour comprendre ce décrochage spectaculaire, il faut remonter à la fin juillet. Le management a alors dévoilé ses prévisions de chiffre d’affaires pour l’exercice 2026, comprises entre 250 et 270 millions de dollars australiens. Les analystes, eux, tablaient sur près de 323 millions. L’écart était trop important pour passer inaperçu, et le marché a immédiatement sanctionné l’entreprise. Même l’annonce d’un contrat militaire européen de 23,2 millions de dollars australiens, obtenu via le partenaire COBBS BELUX BV, n’a pas suffi à enrayer la chute.
La volatilité annualisée sur 30 jours atteint désormais environ 80 %, signe d’un titre que les investisseurs ne savent plus comment évaluer. La capitalisation boursière s’est stabilisée autour de 952 à 955 millions d’euros, un niveau qui ramène la société à des proportions plus conformes à ses revenus réels. Douloureux pour ceux qui sont entrés au plus haut, sans doute plus sain pour la suite.
Des fondamentaux qui résistent, mais des marges sous tension
Car derrière la débâcle boursière, l’activité, elle, continue de tourner. Le premier semestre 2026 a vu le chiffre d’affaires progresser de 74 % sur un an, à 125,8 millions de dollars australiens. Une croissance substantielle, même si elle ne correspond plus aux rythmes effrénés que le titre avait fini par incarner.
Le groupe a par ailleurs livré en juin les premières unités issues de sa nouvelle ligne de production européenne, dont l’emplacement n’a pas été divulgué. Une manière de se positionner comme fournisseur local des forces de l’OTAN plutôt que comme simple exportateur australien. Côté technologique, la troisième génération du système de détection radiofréquence RfAI-3 a été lancée, censée débusquer les drones qui opèrent de manière de plus en plus autonome en contournant les signaux conventionnels.
Reste un point d’inquiétude majeur : la marge brute. Elle est tombée à 60 % au premier semestre, sous l’objectif long terme de 65 %. Coûts liés à la livraison du matériel, effets de change, amortissements du nouveau système ERP : les explications ne manquent pas, mais les investisseurs attendront de voir si cette érosion est conjoncturelle ou durable.
Le 26 août, rendez-vous décisif
Tout se jouera donc dans quelques jours. La publication des résultats semestriels, prévue le 26 août, devra trancher la question centrale : la révision à la baisse de la guidance résulte-t-elle d’un simple décalage de signatures de contrats, ou traduit-elle un ralentissement structurel de la demande mondiale en technologies anti-drones ?
D’un point de vue technique, les signaux restent partagés. Le RSI sur 14 jours évolue à 35,5, tout près de la zone de survente, ce qui suggère que la pression vendeuse pourrait s’essouffler. Mais le titre cote encore 37,57 % sous sa moyenne mobile à 200 jours, établie à 1,86 euro — une cassure nette de la tendance haussière de long terme. L’écart avec la moyenne à 50 jours, fixée à 1,54 euro, donne toutefois une idée de l’espace de rebond possible si les chiffres convainquent.
Le secteur, lui, continue d’attirer les capitaux. Aux États-Unis, le « Safer Skies Act », intégré au budget de la défense pour l’exercice 2026, ouvre pour la première fois aux forces de l’ordre et aux autorités locales la possibilité légale de déployer ce type d’équipements. Un marché civil potentiel se dessine au-delà des seules zones de conflit, dont des produits comme le DroneSentry-X pourraient profiter. Dans le même temps, Ondas a décroché via l’acquisition de DZYNE Technologies un contrat de 6,9 millions de dollars américains avec le ministère australien de la Défense, tandis que Quantum Cyber étend ses capacités de production à Bridgeport, dans le Connecticut.
Tant que le support des 1,05 euro tient, une poursuite du rebond vers la moyenne à 50 jours reste envisageable. En cas de nouvelles déceptions sur les marges ou de retards supplémentaires dans les contrats clés, le plancher des 52 semaines, à 0,8230 euro, pourrait rapidement revenir dans le viseur. D’ici là, le titre demeure un placement réservé aux estomacs solides, avec une volatilité annualisée flirtant avec les 80 %.
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