Kevin Warsh a officiellement pris les rênes de la Réserve fédérale ce vendredi, après une confirmation sénatoriale d’une rare étroitesse – 54 voix contre 45. Le président Donald Trump a procédé à la prestation de serment dans le Bureau ovale. Pour le marché aurifère, ce changement de garde à la tête de la Fed ouvre une période d’incertitude, qui vient s’ajouter à une conjoncture déjà défavorable.
Le métal jaune a subi une pression marquée cette semaine. Jeudi, le cours spot a touché 4 517 dollars l’once avant de reculer à 4 507 dollars, soit une baisse d’environ 1 % sur la séance. Sur le mois, l’or perd près de 4,7 %, mais conserve une progression spectaculaire de 37 % sur un an. Trois facteurs conjuguent leurs effets pour freiner l’élan du lingot : l’espoir d’une désescalade rapide dans le conflit iranien s’effrite, les rendements obligataires américains culminent à des sommets pluriannuels et le dollar reste robuste. L’inflation, elle, repart à la hausse : l’indice des prix à la consommation américain a atteint 3,8 % en avril, tandis que l’indice des prix à la production bondissait de 6 %.
Le protocole de la dernière réunion de la Fed, publié cette semaine, a exacerbé les craintes. Plusieurs responsables monétaires se préparent à une nouvelle hausse des taux, en réaction à la persistance de l’inflation alimentée par le pétrole cher dans le sillage de la guerre en Iran. Sur le marché obligataire, le rendement à dix ans s’approche de 4,6 % et les taux courts ont touché leur plus haut depuis plus d’un an. Les contrats à terme sur les fonds fédéraux (CME Group) donnent une probabilité de 97,4 % à un statu quo des taux en juin – une baisse est quasi exclue. D’ici à décembre, un nouveau resserrement est jugé probable.
Un nouveau chef aux positions contrastées
Warsh s’est prononcé par le passé pour des taux plus bas, en invoquant les gains de productivité liés à l’intelligence artificielle. Ce discours pourrait, en apparence, être favorable à l’or. Mais le nouveau président de la Fed envisagerait de réduire le recours à la forward guidance, ce qui accroîtrait la flexibilité de la banque centrale tout en augmentant la volatilité des marchés. Les anticipations de taux dépendraient alors davantage des données entrantes, et moins d’un chemin pré-annoncé.
L’enquête de l’Université du Michigan sur les anticipations d’inflation pour mai, publiée dans l’après-midi, apporte une lueur d’espoir : les prévisions à un an sont redescendues de 4,7 % à 4,5 %. Mais elles restent très éloignées des 3,4 % enregistrés en février, avant le début du conflit iranien.
Le pétrole, clé de voûte du scénario haussier
State Street Investment Management voit dans le brut le levier déterminant pour l’or. Le Brent évolue au-dessus de 110 dollars le baril, le détroit d’Ormuz demeurant fermé. Si le pétrole revenait dans une fourchette de 80 à 85 dollars, l’or pourrait bénéficier d’une baisse des taux réels et d’un dollar affaibli pour bondir entre 5 000 et 5 500 dollars, estime le gestionnaire.
J.P. Morgan a revu son estimation du cours moyen annuel à 5 243 dollars le 18 mai, contre 5 708 dollars précédemment, en raison d’une demande des investisseurs jugée plus faible. La banque maintient toutefois son objectif de fin d’année autour de 6 000 dollars, tablant sur une reprise de la demande au second semestre. Le consensus de la London Bullion Market Association, basé sur 28 analystes, fixe pour 2026 une prévision médiane de 4 742 dollars.
L’Europe ralentit, la technique s’invite
Pendant que les États-Unis luttent contre l’inflation, la zone euro voit sa conjoncture se dégrader. L’indice PMI composite est tombé en mai à son plus bas niveau depuis 31 mois, le secteur des services accusant un net coup de frein. La Bundesbank anticipe une stagnation de l’économie allemande au deuxième trimestre, et la Commission européenne a réduit sa prévision de croissance pour l’ensemble de l’année à 1,1 %.
Sur le plan technique, le support à 4 456 dollars devient crucial pour le métal jaune. Une rupture de ce seuil ouvrirait la voie à des ventes plus massives. La résistance, elle, se situe à 4 645 dollars. Dans son sillage, l’argent recule également de plus de 1 % sur la semaine. La géopolitique reste une inconnue de taille : des discussions indirectes se poursuivent, mais Téhéran refuse catégoriquement d’exporter son uranium hautement enrichi, et les positions israéliennes restent fermes. Un apaisement trop lent maintiendrait le pétrole à des niveaux élevés et continuerait de peser sur l’or, paradoxalement privé de son statut de valeur refuge par des taux qui le rendent plus coûteux à détenir.
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