Le géant du luxe ne se contente plus de subir la conjoncture. Entre un actionnariat familial qui envisage une cure d’amaigrissement de son portefeuille de marques et une offensive industrielle aux États-Unis, LVMH multiplie les paris pour traverser la tempête. Bernard Arnault vient ainsi d’annoncer la construction d’une seconde usine au Texas, un signal clair face aux menaces de droits de douane américains. Parallèlement, des discussions internes portent sur la cession de plusieurs entités jugées non stratégiques, de Marc Jacobs à Joseph Phelps Vineyards, en passant par la participation dans Fenty.
Un titre malmené depuis janvier
La sanction boursière est implacable. L’action LVMH a clôturé à 457,20 euros lundi, portant sa dégringolade à 28,76 % depuis le début de l’année. Le 52 semaines n’est plus très loin, et l’écart avec la moyenne mobile à 200 jours atteint désormais 16,72 %. Dans ce contexte, le groupe a perdu sa couronne de première capitalisation européenne au profit de SAP.
Ce repli reflète des performances décevantes. Au premier trimestre, la croissance organique a plafonné à 1 %, bien en deçà des attentes des analystes. Les effets de change ont accentué la pression : le chiffre d’affaires a reculé de 6 % sur un an, à 19,1 milliards d’euros.
Le chantier Armani sur la table
Un autre dossier agite les couloirs du groupe. Depuis le décès de Giorgio Armani fin 2025, son testament prévoit la cession d’une participation de 15 % du capital. Selon plusieurs sources, LVMH fait partie des acquéreurs privilégiés, aux côtés de L’Oréal et d’EssilorLuxottica. Le montage envisagé serait original : trois paquets de 5 % vendus sur une période de 12 à 18 mois. Giuseppe Marsocci, le directeur général d’Armani, élabore parallèlement un plan pluriannuel destiné à préserver l’indépendance de la marque.
Pour LVMH, entrer au capital du couturier italien renforcerait son positionnement dans le haut du luxe sans exiger une intégration totale immédiate. Une souplesse bienvenue alors que le groupe réexamine en interne la pertinence de ses propres actifs.
Une batterie de paris industriels et géopolitiques
La direction affiche une sérénité de façade face aux droits de douane américains. Cécile Cabanis, directrice financière, a qualifié de « plutôt bon résultat pour le moral des clients » un éventuel taux de 15 % sur les importations de produits de luxe aux États-Unis. Les tractations entre Washington et Bruxelles se poursuivent, et LVMH espère des avancées rapides.
En Asie, des signes d’apaisement apparaissent dans le conflit commercial sino-américain. La région Asie hors Japon a enregistré une croissance vigoureuse, confirmant la tendance positive du second semestre 2025. La Chine reste un moteur essentiel, même si l’inflation des prix à la production – +2,8 % en avril, un plus haut depuis 2022 – pèse sur les marges.
Le pétrole n’arrange rien : le Brent évolue au-dessus de 103 dollars, sous l’effet des tensions au Proche-Orient. Cette flambée pénalise surtout les marques « aspirationales », dont la clientèle est plus sensible au pouvoir d’achat.
Des fondamentaux solides pour encaisser les chocs
Malgré les turbulences, la trésorerie demeure un atout. Le flux de trésorerie opérationnel libre a bondi à plus de 11 milliards d’euros, tandis que l’endettement net a reculé à 7 milliards. Ces marges de manœuvre autorisent tous les scénarios, des acquisitions ciblées aux rachats d’actions.
Les analystes restent partagés. Bernstein maintient une recommandation « surperformance » avec un objectif de cours de 600 euros, misant sur la polarisation croissante du marché vers le « luxe absolu ». Chez Berenberg, en revanche, le doute s’installe sur le potentiel de croissance de tout le secteur. Le ratio cours/bénéfice anticipé pour 2028 atteint 17 pour LVMH, contre 29 pour Hermès. Un écart qui en dit long sur le retournement de perception.
Pour les prochains mois, l’enjeu sera de traduire le recentrage en vigueur opérationnelle chez Louis Vuitton et Dior. Les deux maisons phares ont vu leurs ventes reculer depuis 2023. Si les cessions de marques secondaires apportent des liquidités, elles ne résoudront pas seules l’équation d’une demande atone. Le rebond, s’il vient, passera par la capacité du groupe à redonner de l’élan à ses piliers.
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