La chute a de quoi surprendre : en trois semaines, l’action Micron a cédé près de 26 % de sa valeur, pour clôturer à 816,90 euros lundi. Un repli qui, à première vue, sent le brûlé. Mais il faut le remettre dans son contexte : sur un an, le titre affiche encore une hausse vertigineuse de 703,56 %, et depuis janvier, il gagne 203,68 %. Derrière la correction se cache une histoire bien plus complexe qu’un simple désamour du marché.
Le choc est venu de Séoul. Le 10 juillet, SK Hynix, le grand rival de Micron dans les puces mémoire à haute bande passante (HBM), a fait ses débuts au Nasdaq via des American Depositary Receipts valorisés près de 29 milliards de dollars. L’euphorie a vite tourné court : le titre a plongé de plus de 15 %, entraînant l’indice KOSPI dans une chute de 9 % qui a forcé une suspension de la cotation pendant 20 minutes. La contagion n’a pas tardé à gagner Wall Street : Micron a perdu 5,1 % en préouverture, et les valeurs du stockage (SanDisk, Western Digital, Seagate) ont toutes été touchées. Comme si la nervosité autour de l’introduction de SK Hynix suffisait à rappeler que le secteur de la mémoire, dopé par l’intelligence artificielle, était peut-être en surchauffe.
À ce facteur externe s’ajoutent des signaux domestiques troublants. Michael Burry, le célèbre investisseur de The Big Short, a constitué une position put sur Micron le 1er juillet, alors que l’action frôlait les 1 051 dollars. Dans le même temps, le volume des ventes d’actions du PDG Sanjay Mehrotra, effectuées dans le cadre d’un plan Rule 10b5-1, a atteint son plus haut niveau depuis 2010. De quoi alimenter les interrogations, même si ces cessions étaient planifiées.
Pourtant, à y regarder de près, le récit fondamental n’a pas changé d’un iota. Micron a annoncé une expansion massive de sa capacité de production américaine, portant ses investissements prévus à 250 milliards de dollars, soit 50 milliards de plus que précédemment. Les usines de New York, de l’Idaho et de la Virginie doivent monter en puissance. Et pour cause : la demande de puces HBM pour l’IA dépasse largement l’offre disponible. Les hyperscalers ont déjà verrouillé par des contrats pluriannuels la quasi-totalité des capacités HBM de 2026. Les prix des DRAM ont bondi de 58 à 63 % au deuxième trimestre 2026, ceux de la NAND de 70 à 75 %, et les analystes de Counterpoint Research ont même observé des hausses de 80 à 90 % entre le quatrième trimestre 2025 et le premier trimestre 2026. Un tel pouvoir de fixation des prix était impensable il y a encore deux ans pour un fabricant de mémoire standard.
Techniquement, la correction ressemble davantage à une digestion qu’à une panique. Le RSI sur 14 jours est à 45,6, en zone neutre. L’action ne s’écarte que de 0,88 % de sa moyenne mobile à 50 jours (809,80 euros) et de 98 % de sa moyenne à 200 jours (412,49 euros). La volatilité annualisée à 30 jours, de 110 %, rappelle que des variations de plusieurs points sont devenues monnaie courante. Le cours actuel de 816,90 euros reste très loin du plus bas sur 52 semaines de 90,64 euros, et la capitalisation boursière atteint 968,65 milliards d’euros.
Aucun des moteurs structurels de la pénurie de mémoire ne s’est inversé. Les nouvelles usines de Samsung, SK Hynix, Micron et Kioxia ne délivreront des volumes significatifs qu’à partir de fin 2026 ou 2027. Micron lui-même prévoit que la première production de DRAM dans son nouveau site de l’Idaho ne débutera pas avant 2027. L’asymétrie entre l’offre et la demande – qui a porté les marges à des niveaux records – devrait donc persister. Le groupe continue par ailleurs de verser un dividende trimestriel de 0,15 dollar, signe que la direction considère la génération de cash comme durable.
Le cours moyen des analystes ressort à 1 301,83 euros, soit un potentiel de hausse de 59,4 % par rapport au niveau actuel. Ce chiffre résume la conviction que la rareté des puces mémoire liée à l’IA est structurelle, et non un simple pic cyclique. La question qui demeure : ce trou d’air est-il le premier craquement d’une narration surchauffée, ou simplement le prix à payer pour pénétrer l’un des trades les plus transformateurs de la décennie ? Pour une action qui a septuplé en un an, une baisse de 26 % depuis son sommet peut n’être qu’une formalité.
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