La volatilité est devenue la compagne de route des actionnaires de Nvidia. Avec une annualisation à 37,4 %, le titre a connu un repli de 3 % lundi dernier, pour s’établir à 178,96 euros. Mais sur les sept derniers jours, l’action affiche encore une progression de 4,67 %. Cette nervosité de court terme contraste avec une réalité bien plus massive : les hyperscalers américains ont pris des engagements d’achat d’environ un billion de dollars jusqu’en 2027, soit des commandes fermes, pas de simples projections. Microsoft, Amazon, Google et Meta doivent injecter ensemble quelque 650 milliards de dollars dans l’infrastructure d’IA en 2026, soit 80 % de plus que l’année précédente.
Ces montants vertigineux lient déjà l’essentiel des capacités de production de Nvidia jusqu’à l’année prochaine. Et pourtant, l’action reste 11,6 % en dessous de son record de 202,50 euros touché le 14 mai 2026. Ce recul n’a rien d’un décrochage : il s’agit plutôt d’une respiration après des années de gains exceptionnels. Le cours se situe encore 27,2 % au-dessus du plus bas annuel de juillet 2025, et la tendance longue demeure nettement haussière, avec le titre bien au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours (164,88 euros). Le RSI, à 51,7 points, n’indique ni surachat ni survente.
C’est du côté de la Chine que le bât blesse. Après avoir obtenu un assouplissement des licences d’exportation pour le chip H200, Nvidia a vu Washington imposer, dès le lendemain, un droit de douane de 25 % sur ces mêmes composants, par décret présidentiel. Jensen Huang a confirmé que des clients chinois avaient déjà passé commande et que la production redémarrait, mais les revenus chinois restent en phase de montée en puissance. La régulation évolue donc au jour le jour, ajoutant une couche d’incertitude à un dossier déjà sensible. Par ailleurs, depuis juin 2026, les obligations de licence pour l’export de puces d’IA avancées concernent toute société dont le siège ou la maison mère est en Chine.
Pour l’instant, le marché semble parier que la demande des hyperscalers compense les turbulences chinoises. Et de fait, la transformation de Nvidia en architecte de plateformes complètes – et non plus simple fabricant de processeurs – renforce son avantage concurrentiel. La plateforme Blackwell tourne déjà chez les principaux fournisseurs de cloud, et la génération suivante, Vera Rubin, entre en pleine production. Cette dernière est conçue pour les charges de travail d’IA dites « agentiques », où une seule requête utilisateur déclenche plusieurs appels de modèles en arrière-plan. L’inférence – c’est-à-dire l’exploitation continue des modèles – devient le nouveau moteur de croissance, bien plus que le training ponctuel.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le chiffre d’affaires du datacenter est passé de 2,98 milliards de dollars lors de l’exercice 2020 à 193,7 milliards pour l’exercice 2026. Au premier trimestre de l’exercice 2027, Nvidia a enregistré un record à 81,6 milliards de dollars, dont 75,2 milliards pour la seule division datacenter. La demande pour l’infrastructure d’IA, estimée à 632 milliards de dollars d’ici 2028, place l’entreprise au cœur de la plus grande vague d’investissement technologique jamais vue.
Mais des risques émergent. Les géants du cloud – Google, Amazon, Microsoft – développent leurs propres puces spécialisées, une concurrence à long terme qui pourrait rogner la dépendance actuelle au silicium universel de Nvidia. Par ailleurs, la valorisation reste élevée : avec une capitalisation de 4,48 billions d’euros, une partie de la demande future est déjà intégrée dans les cours. Un simple ralentissement des dépenses des hyperscalers suffirait à créer des tensions baissières.
Les analystes restent néanmoins confiants, avec un objectif de cours moyen de 264,24 euros, soit un potentiel de près de 47 %. La moyenne mobile à 50 jours (181,40 euros) n’est distante que de 1,4 % du cours actuel, et la technique n’envoie pas de signal d’alerte. Le prochain rendez-vous sera la publication du rapport trimestriel, attendue au second semestre 2026. Il permettra de mesurer la part des revenus chinois réellement encaissée – et de savoir si la valse des droits de douane a, ou non, entamé la dynamique d’un des titres les plus scrutés de la planète finance.
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