Jamais l’or n’avait paru aussi déconnecté des tensions géopolitiques. Alors que les États-Unis et l’Iran échangent des frappes et que le détroit d’Ormuz est menacé de blocage, le métal jaune poursuit sa dégringolade. En cause : la flambée du brut, qui ravive les craintes inflationnistes, et le spectre d’un nouveau tour de vis monétaire de la Réserve fédérale. Ce double fardeau pèse bien plus lourd que la fuite vers les valeurs refuges.
Lundi, l’once a touché un plus bas de séance à 4 001,40 dollars avant de clôturer à 4 019,50 dollars, soit un recul de 2,62 % par rapport au vendredi (4 127,60 dollars). Sur la semaine, la perte atteint 3,76 % ; sur trente jours, 5,19 %. Depuis le 1er janvier, le métal précieux abandonne 7,42 %. Les indicateurs techniques confirment la faiblesse : le RSI est tombé à 37,6, en zone de survente, et l’once s’échange 7,71 % sous sa moyenne mobile à 50 jours (4 355,23 dollars) et 11,45 % sous celle à 200 jours (4 539,18 dollars). La volatilité annualisée sur 30 jours atteint 27,81 %, signe de la nervosité ambiante. Surtout, le cours n’est plus qu’à 3,03 % du plus bas annuel de 3 901,30 dollars touché le 28 octobre 2025, tandis que le record de janvier (5 626,80 dollars) s’éloigne à 28,57 %.
L’origine de ce mouvement est d’abord monétaire. Le gouverneur de la Fed Christopher Waller a prévenu qu’un chiffre d’inflation élevé le 14 juillet pourrait pousser la banque centrale à relever ses taux. Les marchés intègrent désormais une probabilité de près de 70 % d’une hausse en septembre, contre 60 % quelques jours plus tôt. Par ailleurs, le nouveau président de la Fed, Kevin Warsh, doit prononcer sa première audition devant le Congrès ce mardi – un événement scruté pour d’éventuelles inflexions. La Fed avait maintenu ses taux entre 3,50 % et 3,75 % en juin, mais les « minutes » avaient déjà révélé des inquiétudes croissantes sur l’inflation. L’indice PCE de base est passé de 3,0 % en décembre à 3,4 % en mai, et l’inflation globale atteint 4,1 %.
Ce scénario est aggravé par la flambée du pétrole. Les frappes américaines – la quatrième vague en une semaine, visant environ 140 cibles militaires en Iran – ont provoqué des représailles iraniennes contre des bases américaines au Koweït, à Bahreïn, à Oman et en Jordanie. Téhéran a déclaré le détroit d’Ormuz « fermé jusqu’à nouvel ordre », tandis que Donald Trump a annoncé un blocus naval des ports iraniens et réclamé aux États du Golfe une taxe de 20 % sur la valeur des cargaisons transitant par la zone. Le Brent a bondi de plus de 4 % cette semaine. « La hausse du pétrole fait craindre une nouvelle vague d’inflation, et donc des taux plus élevés, ce qui pèse directement sur l’or », résume Thomas Altmann, analyste chez QC Partners.
Dans ce chaos, la demande physique de banques centrales continue d’apporter un contrepoids. En mai, la Chine a ajouté 10 tonnes à ses réserves, l’Ouzbékistan 9 tonnes et le Kazakhstan 7 tonnes. En juin, Pékin a même enregistré la plus forte augmentation mensuelle de ses stocks d’or depuis plus de deux ans et demi. Sur le marché physique, la situation est contrastée : en Inde, l’or s’échange avec une décote marquée en raison de la volatilité, alors que la demande chinoise reste soutenue.
Alors que l’once vacille près de son plancher annuel, tous les regards se tournent vers le discours de Kevin Warsh et les chiffres de l’inflation américaine. Un CPI supérieur aux attentes pourrait précipiter une nouvelle baisse. Mais la zone de survente et les achats des banques centrales pourraient limiter l’ampleur du recul. Jamais le métal jaune n’avait été tiraillé entre des forces aussi contradictoires : la guerre qui devrait le porter et la politique monétaire qui l’entraîne vers le bas.
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