Le fabricant de puces mémoire américain ne cache plus l’ampleur du défi qui l’attend. Alors que ses clients du secteur des centres de données réclament environ 50 % de volume supplémentaire par rapport à ce que l’entreprise peut actuellement garantir, Micron Technology a procédé cette semaine à un remaniement de son état-major. Manish Bhatia hérite des fonctions de président et directeur des opérations, tandis que Scott DeBoer devient président et directeur de la technologie et des produits. Une réorganisation qui vise à muscler l’appareil opérationnel face à une demande que l’intelligence artificielle a durablement transformée.
Une pénurie qui s’installe jusqu’en 2027
Le constat est sans appel : l’offre de mémoire HBM et DRAM restera tendue au moins jusqu’en 2027, a prévenu Sumit Sadana, directeur commercial du groupe, lors du KeyBanc Technology Leadership Forum. Cette rareté n’est pas un épiphénomène. Elle traduit un cycle du marché de la mémoire que l’IA a profondément remodelé, comme l’a souligné le directeur général Sanjay Mehrotra. Les engagements commerciaux le confirment : plus de 16 clients ont déjà signé des contrats d’approvisionnement stratégiques d’une durée de cinq ans, signe que les horizons de planification se sont considérablement allongés dans la filière.
Pour répondre à cet excédent de demande, Micron déploie des moyens colossaux. Le groupe a relevé son enveloppe globale d’investissements aux États-Unis de 200 à 250 milliards de dollars à l’horizon 2035, avec à la clé la création de plus de 90 000 emplois sur le sol américain. Deux nouvelles usines verront le jour à Boise, dans l’Idaho, où doivent également s’implanter les Micron Research Labs, un centre d’innovation doté de 10 milliards de dollars sur dix ans et dédié notamment au développement de la mémoire HBM4. À plus court terme, un programme d’investissement d’environ 45 milliards de dollars est budgété pour l’exercice 2027, dont Bhatia et DeBoer auront la charge.
Le rendez-vous des résultats approche
Les investisseurs sauront rapidement si cette stratégie porte ses fruits. La conférence téléphonique consacrée aux résultats du quatrième trimestre fiscal est programmée pour le 23 septembre. Les prévisions du groupe tablent sur un chiffre d’affaires de 50 milliards de dollars (plus ou moins 1 milliard) et un bénéfice par action non-GAAP de 31 dollars. C’est ce rendez-vous qui départagera les scénarios. Un écart, même minime, par rapport à ces objectifs pourrait être sévèrement sanctionné après la flambée du titre ; une confirmation, ou un dépassement, validerait en revanche les niveaux de valorisation actuels.
La marge brute non-GAAP de 84,9 %, un record, témoigne déjà de la capacité de Micron à transformer la pénurie en pouvoir de fixation des prix. De quoi conforter les plus optimistes. BMO Capital Markets a réitéré sa recommandation d’achat le 21 août avec un objectif de cours de 1 300 dollars, évoquant un « supercycle » du marché de la mémoire porté par la demande de HBM. New Street Research avait, quelques jours plus tôt, relevé sa recommandation de Neutre à Achat et porté son objectif à 1 250 dollars.
Entre signaux positifs et prudence croissante
Reste que la prudence gagne du terrain. Mizuho a certes maintenu sa note Outperform, mais a abaissé son objectif de cours de 1 375 à 1 300 dollars le 25 août, invoquant un profil risque-rendement devenu moins favorable après la forte progression du titre. Les ventes d’actions réalisées par des dirigeants ajoutent au tableau : Sanjay Mehrotra a cédé 40 000 titres le 21 août dans le cadre d’un plan de négociation Rule 10b5-1, tandis que Sumit Sadana en a vendu 15 000 en parallèle. Des opérations planifiées, certes, mais qui attirent l’attention à ce stade du cycle. Le contentieux avec Netlist, qui a déposé une nouvelle plainte pour violation de brevet le 12 août, constitue un autre point de vigilance.
Côté marché, l’action évolue à environ 795,80 euros, soit 28 % sous son plus haut sur 52 semaines de 1 103,80 euros atteint fin juin. Le titre accuse un retard de 4,2 % sur sa moyenne mobile à 50 jours (830,28 euros), indice d’un essoufflement à court terme après une progression spectaculaire de 662 % sur douze mois. La moyenne mobile à 200 jours, établie à 514,64 euros, reste toutefois nettement en dessous du cours actuel, ce qui plaide pour la pérennité de la tendance de fond.
D’ici au 23 septembre, la nouvelle organisation dirigée par Bhatia et DeBoer enverra un message clair : Micron parie sur la croissance. Reste à savoir si le marché jugera la note raisonnable au moment de passer à la caisse.
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