Alors que Nvidia doit dévoiler ses comptes du premier trimestre fiscal 2027 mercredi 20 mai, l’ambiance est quelque peu contradictoire. D’un côté, les attentes de chiffre d’affaires tutoient les sommets – 78 à 79 milliards de dollars selon les estimations – et les hyperscalers comme Meta et Microsoft ont revu leurs budgets d’investissement à la hausse. De l’autre, l’action a reculé vendredi, cédant 4 % à Wall Street (225,32 dollars) et 3,6 % à Francfort (193,90 euros), ce dernier cours laissant le titre à quelque 60 % au-dessus de son plancher de mai mais à 3,6 % de son plus haut des 52 semaines (201,05 euros). La raison de ce repli ? L’épine chinoise, qui n’en finit pas de troubler la trajectoire du champion des puces IA.
Le Département du Commerce américain a bien autorisé une dizaine d’entreprises chinoises – Alibaba, Tencent, ByteDance et JD.com parmi elles – à acquérir le processeur H200 de Nvidia, à raison de 75 000 unités par client et pour un usage exclusivement civil. Mais à ce jour, aucun de ces processeurs n’a été livré. Le voyage du PDG Jensen Huang à Pékin, dans la délégation américaine escortée par Donald Trump lors du sommet avec Xi Jinping en Alaska, n’a débouché sur aucun accord concret. Le marché chinois représentait pourtant 13 % du chiffre d’affaires de Nvidia avant les restrictions, et le groupe y détenait environ 95 % du marché des puces pour l’intelligence artificielle. Huang avait lui-même évalué le marché chinois de l’IA à 50 milliards de dollars pour la seule année en cours.
Pour tenter de sécuriser sa chaîne d’approvisionnement face à ces turbulences, Nvidia a renforcé sa présence chez CoreWeave, le spécialiste du cloud IA. Selon des documents déposés auprès de la SEC, le groupe détient désormais 47,2 millions d’actions de CoreWeave, soit environ 11 % du capital, valorisé près de 3,7 milliards de dollars. Une opération stratégique : CoreWeave vient de décrocher un contrat de 21 milliards de dollars avec Meta Platforms, et une commande de Jane Street, s’imposant ainsi comme un débouché clé pour les GPU Nvidia.
Cette intégration verticale intervient dans un contexte de demande explosive. Microsoft a porté son budget d’investissement pour l’année calendaire en cours à 190 milliards de dollars, tandis que Meta a relevé le plafond de sa planification à 145 milliards. Les analystes de Bank of America ont relevé leur objectif de cours sur Nvidia à 320 dollars, arguant que le marché adressable de l’infrastructure IA est passé de 1,4 à 1,7 billion de dollars – et que Nvidia en est le pivot. Bernstein et Citi visent 300 dollars, UBS 245 dollars. Pour le trimestre qui sera présenté, le consensus table sur un bénéfice ajusté par action de 1,78 dollar et un chiffre d’affaires d’environ 79 milliards – contre une guidance de 78 milliards donnée par le groupe, ce qui représenterait une progression de 77 % sur un an. Le segment data center est attendu à 72,8 milliards de dollars, et la marge brute non GAAP est anticipée à 75 %.
Derrière ces chiffres, le marché guette aussi les signaux sur la transition des architectures : la plateforme Vera-Rubin doit prendre le relais de Blackwell, et les investisseurs souhaitent des éclaircissements sur son rythme de déploiement. Jensen Huang doit d’ailleurs s’exprimer lundi à la Dell Technologies World à Las Vegas, tandis que la conférence Google I/O s’ouvre mardi. Ces rendez-vous sont autant d’occasions d’en apprendre davantage sur les partenariats et l’évolution de l’offre.
Reste que la concurrence s’organise. Google, Microsoft et Meta investissent massivement dans leurs propres puces pour réduire leur dépendance à Nvidia. En Chine, Tencent et Alibaba ont annoncé qu’ils renforçaient l’utilisation de leurs semi-conducteurs maison. Le géant américain détient encore 90 % du marché mondial des charges d’entraînement en IA, mais cette part pourrait s’éroder si les blocages se prolongent. Le Bureau of Industry and Security examine désormais chaque licence d’exportation au cas par cas, pénalisant la visibilité de toute la filière.
Mercredi, les résultats devront donc concilier croissance insolente et incertitudes réglementaires. Si Nvidia parvient à dépasser ses propres prévisions et à rassurer sur la montée en puissance de Vera-Rubin, son plus haut historique pourrait vite être de nouveau testé. Mais tant que les H200 restent bloqués à la frontière chinoise, les investisseurs garderont un œil plus que vigilant sur la géopolitique.
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