Le titre Nvidia évolue à 167,66 euros, soit 17 % sous son record de mai, et tangente dangereusement sa moyenne mobile à 200 jours (166,32 euros). Ce n’est pas une simple correction technique : c’est le reflet d’une équation à plusieurs inconnues qui taraude les investisseurs. D’un côté, une ouverture prudente vers la Chine via des licences H200 ; de l’autre, un marché qui s’interroge soudain sur la rentabilité des investissements colossaux des géants du cloud.
La Chine : une porte entrouverte, pas un raz-de-marée
Le Bureau de l’industrie et de la sécurité (BIS) américain a assoupli sa politique de licences pour les exportations de puces vers la Chine. Les demandes pour le H200 sont désormais examinées au cas par cas, sur la base d’une annonce de Donald Trump de décembre 2025 autorisant certains clients chinois sélectionnés à recevoir ce processeur.
Dans les faits, le résultat est pour l’instant dérisoire. La licence accordée ne porte que sur de très faibles volumes destinés à des acheteurs spécifiques. Nvidia n’a enregistré aucun chiffre d’affaires grâce à ce dispositif. Chaque livraison est par ailleurs frappée d’un droit de douane de 25 % à l’entrée aux États-Unis, et un tiers de la marge est prélevé sous forme de taxe. À cela s’ajoutent des tests indépendants facturés en sus et un plafonnement : les volumes expédiés vers la Chine ne peuvent excéder la moitié de ceux destinés aux clients américains.
L’expérience du H20, le prédécesseur, incite à la prudence. Malgré des licences obtenues en août 2025, Nvidia n’en a tiré qu’environ 60 millions de dollars de revenus — une goutte d’eau comparée aux attentes du marché. Les autorisations ne garantissent donc en rien le succès commercial.
Le paradoxe des dépenses d’investissement
Pendant ce temps, le débat sur les dépenses d’investissement (capex) des hyperscalers s’invite dans l’équation. Alphabet a relevé son budget 2026 entre 195 et 205 milliards de dollars : Wall Street a sanctionné, jugeant le retour sur investissement trop lointain. Microsoft, en maintenant ses prévisions inchangées, a été récompensé. La « discipline capitalistique » est devenue le maître-mot.
Pour Nvidia, c’est une épée à double tranchant. Chaque dollar qu’un client retient par prudence est un dollar de chiffre d’affaires potentiel en moins. Mais avec une part de marché estimée entre 75 % et 81 % dans les accélérateurs d’IA, le groupe reste le principal bénéficiaire de l’infrastructure en cours de déploiement.
Rubin en ligne de mire
Jensen Huang, le PDG, anticipe déjà la prochaine étape. À la conférence SIGGRAPH 2026, il a dévoilé des détails sur l’architecture « Rubin », attendue en production à partir du second semestre 2026. La plateforme associe le GPU R100 et le CPU Vera, et cible non plus seulement l’entraînement de modèles massifs, mais l’inférence efficace pour l’IA « agentique » — ces systèmes capables d’exécuter des tâches de manière autonome.
En adoptant un rythme de lancement annuel, Nvidia cherche à éviter le « trou d’air » classique entre deux générations de puces, période où les clients suspendent leurs commandes dans l’attente du modèle suivant. La concurrence, elle, ne reste pas inactive : AMD a récemment affirmé que son accélérateur MI455 surpasserait en performances pures les systèmes Vera-Rubin, un changement de ton notable qui transforme la guerre des prix en duel technologique.
Les signaux techniques et le verdict du marché
Le RSI s’établit à 39,7, approchant d’un territoire de survente qui a historiquement précédé des rebonds. Mais la chute de plus de 8 % en sept jours traduit la violence du mouvement récent. La moyenne mobile à 200 jours, à 166,32 euros, constitue une ligne de défense cruciale : les investisseurs institutionnels la considèrent traditionnellement comme la frontière entre marché haussier et baissier.
Le contraste avec le consensus des analystes est frappant. Le cours cible moyen reste fixé à 262,76 euros, soit un potentiel de hausse de près de 57 %. La question n’est plus de savoir si Nvidia peut fabriquer les meilleures puces, mais si ses clients parviennent à transformer ces investissements en services rentables assez vite pour justifier les centaines de milliards de dollars déjà engagés.
Le prochain rendez-vous décisif aura lieu à la mi-août avec la publication des résultats trimestriels. Les prévisions de chiffre d’affaires, à 91 milliards de dollars (plus ou moins 2 %), n’intègrent pour l’instant aucun dollar de ventes de puces pour centres de données en Chine. Toute surprise positive viendrait donc s’ajouter à une base déjà solide : au premier trimestre fiscal 2027, le chiffre d’affaires des centres de données a bondi de 92 % et le bénéfice net de 211 %. Le management table sur une progression séquentielle d’environ 12 % au deuxième trimestre, ce qui porterait la croissance annualisée à près de 95 %.
La stabilisation du titre au-dessus de la moyenne à 200 jours dépendra de la capacité de Nvidia à transformer la fenêtre chinoise en un véritable marché, et à convaincre que la frénésie d’investissement dans l’IA n’est pas un château de cartes. Si la machine à licences continue de tousser, si les droits de douane et les plafonds de volume s’avèrent aussi inefficaces que pour le H20, ou si les doutes sur la valorisation de l’IA s’amplifient, le plus bas sur 52 semaines à 139,78 euros redeviendrait une perspective tangible.
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