La récente correction de l’action Nvidia doit davantage à une tempête financière asiatique qu’à des interrogations industrielles. Mardi, une crise de liquidité en Corée du Sud a provoqué un effondrement de près de 5 % du KOSPI, entraînant une cascade d’appels de marge. Les investisseurs, contraints de liquider leurs positions les plus liquides, ont massivement cédé leurs titres Nvidia. Le cours a ainsi chuté à 170,92 euros, soit un recul de 15,60 % par rapport au record absolu de 202,50 euros atteint en mai. En séance, l’action grignotait 0,04 % dans le sillage du démenti officiel du groupe sur les rumeurs de retard.
Car c’est bien une autre information qui a d’abord mis le marché sous pression : un rapport de SemiAnalysis évoquait un décalage de plus de douze mois pour le Kyber NVL144, rack serveur assemblant 144 processeurs graphiques. La raison avancée était un problème technique sur une carte mère à 78 couches. Dans le pire des scénarios, ces systèmes n’auraient pas été disponibles avant 2028. Nvidia a immédiatement démenti, confirmant un lancement au second semestre 2027. Le constructeur a précisé que la production des serveurs Rubin de base, destinés aux huit grands clients cloud (AWS, Azure, Google Cloud), suit le calendrier prévu avec des livraisons à l’automne 2026. La version Ultra, plus ambitieuse, arrivera ensuite.
Le double choc – macroéconomique et sectoriel – n’a pas altéré le discours des analystes. Goldman Sachs juge le ratio cours/bénéfice ramené à environ 20 particulièrement attractif pour un groupe qui contrôle toujours plus de 80 % du marché des accélérateurs IA. Le consensus des analystes table sur un objectif de cours proche de 264 euros, soit un potentiel de hausse de plus de 50 %. La valorisation boursière dépasse les 4 000 milliards d’euros, soutenue par une croissance structurelle que les turbulences conjoncturelles n’entament pas.
Les fondamentaux confirment cette dynamique. Le chiffre d’affaires « data center » de Nvidia pour le second semestre de l’exercice 2027 devrait dépasser de 20 % les prévisions de Wall Street. Parallèlement, le groupe attaque le marché des processeurs pour serveurs, évalué à 200 milliards de dollars, avec son architecture Vera. Il table déjà sur 20 milliards de dollars de revenus dans ce segment dès 2026. L’écosystème profite aussi à ses partenaires : Samsung Electronics a dégagé un bénéfice d’exploitation record de 89 400 milliards de wons (environ 58,6 milliards de dollars) au deuxième trimestre, porté par la demande effrénée de puces mémoire IA. Ce montant dépasse même le précédent record trimestriel de Nvidia lui-même (53,5 milliards de dollars).
Au-delà des serveurs, Nvidia étend son emprise. Le management prône la création de « fabriques d’IA nationales », infrastructures souveraines déjà en construction en France, en Inde et au Brésil. Le spatial n’est pas en reste : plus de 220 000 puces Nvidia équipent déjà des centres de données orbitaux, dont ceux de SpaceX, via le module Vera Rubin Space-1. Sur le plan logiciel, l’intégration du modèle Isaac GR00T 1.7 (en partenariat avec Hugging Face) dans le framework LeRobot ouvre la robotique humanoïde à plus de trois millions de développeurs. La fonction expérimentale « Nonuniform Tensor Parallelism » améliore quant à elle la tolérance aux pannes lors de l’entraînement de grands modèles de langage.
Techniquement, l’action évolue dans une zone neutre. Le RSI se situe à 42,7, sans signal de surachat ni de survente. Le titre se maintient au-dessus de sa moyenne mobile à 100 jours (169,91 euros) et de celle à 200 jours (164,41 euros), mais reste nettement sous la moyenne à 50 jours (181,00 euros). La baisse mensuelle atteint 5,57 %. Malgré tout, le bilan annuel reste flatteur : +6,10 % depuis janvier et +26,59 % sur douze mois. La prochaine échéance clé sera la publication de premiers détails sur les délais concrets de livraison du Kyber, qui pourraient dissiper définitivement les doutes ou les raviver. En attendant, l’onde de choc venue de Séoul semble déjà oubliée – et les perspectives du géant des puces demeurent intactes.
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