Le 16 septembre, deux informations ont circulé presque simultanément, et leur rapprochement en dit long sur la trajectoire du géant des semi-conducteurs. D’un côté, Apple envisagerait de faire appel à la technologie NVLink Fusion de Nvidia pour interconnecter ses puces M8 dans le cadre d’un retour sur le marché des serveurs d’entreprise, selon The Information et Reuters. De l’autre, Snap a annoncé le même jour un partenariat pour ses lunettes de réalité augmentée Specs, confiant à Nvidia — aux côtés de Salesforce et d’Amazon Web Services — la mission d’analyser l’environnement visuel des porteurs par intelligence artificielle. Deux annonces, un même constat : la couche technologique de base provient de plus en plus souvent du même fournisseur.
Cette position de plaque tournante ne se lit pourtant pas dans le cours de Bourse. Vendredi, le titre a terminé à 197,76 euros, après une séance à 196,42 euros en baisse de 0,5 %. Le sommet sur 52 semaines, à 202,50 euros, n’est plus qu’à 2,3 % — un écart qui témoigne moins d’un engouement que d’une forme d’indifférence polie du marché à l’égard d’une actualité stratégique pourtant dense.
Un écosystème bâti autant par les participations que par les puces
Là où le récit boursier s’arrête, celui du financement commence. Reuters a rapporté que le laboratoire Anthropic discutait d’une entrée de Nvidia à son capital en qualité d’investisseur d’ancrage, à l’occasion d’une éventuelle introduction en Bourse. Le montant évoqué atteignait 10 milliards de dollars. Placer une telle somme dans un développeur de modèles émergent ne relève pas de l’arbitrage passif : c’est arrimer sa propre plateforme au sommet de la chaîne de valeur.
La logique se répète à l’échelle des infrastructures. Le fournisseur cloud britannique Nscale a convenu d’émettre des obligations convertibles pour 3,1 milliards de dollars, dont 1 milliard sera souscrit par Nvidia. La performance de Nscale plaide pour ce type d’engagement : son chiffre d’affaires a bondi de 1 252 % au premier semestre. Le groupe californien se mue ainsi en architecte d’infrastructures et en pourvoyeur de capital, sans abandonner son métier d’origine.
Le revers de la symbiose
La proximité a ses tensions. Le 14 septembre, Reuters indiquait que Nvidia, aux côtés de Palantir et de Booz Allen Hamilton, envisageait de restreindre — voire d’interrompre — l’usage de modèles avancés si Anthropic et OpenAI ne s’engageaient pas fermement sur la protection de la propriété intellectuelle. En interne, l’entreprise limite déjà l’emploi des modèles Anthropic aux tâches non critiques et privilégie ses propres modèles Nemotron. La séquence est cohérente : après le renforcement de la coopération avec Palantir il y a une quinzaine de jours, puis l’accord conclu avec Hugging Face il y a trois semaines, Nvidia ouvre ses portes à ses partenaires tout en verrouillant jalousement son savoir-faire central.
Recrutement, quantique et calendrier produit
Cette ambition industrielle se nourrit aussi de talents venus de l’autre bout de l’écosystème. Chris Malone, qui dirigeait auparavant les centres de données d’OpenAI, a rejoint le groupe comme vice-président de la plateforme DSX — une information apparue ce mois-ci sur son profil professionnel. L’intégration de profils issus de l’architecture système souligne le poids croissant des solutions packagées et des environnements de calcul orchestrés, au-delà de la seule fabrication de puces.
Sur le front technologique, Nvidia a dévoilé le 14 septembre CUDA-Q Logical, une nouvelle couche d’orchestration destinée au développement d’applications pour l’informatique quantique tolérante aux fautes. Objectif affiché : jeter un pont entre les supercalculateurs classiques et les futurs systèmes quantiques.
Le calendrier grand public, lui, reste flou. Le portail spécialisé Tom’s Hardware a relayé les indications du leaker Kopite7kimi, selon lesquelles la prochaine génération de processeurs graphiques GeForce RTX 60 pourrait ne voir le jour qu’en 2028. Sollicitée, la société n’a pas souhaité commenter, rappelant sa règle de ne pas s’exprimer sur les rumeurs ni sur les produits non annoncés.
Mouvements de dirigeants et poids géopolitique
Les déclarations réglementaires ont également rythmé la période. Mardi, Nvidia a déposé auprès de la SEC un formulaire 144 pour Timothy S. Teter, portant sur un projet de cession de 30 460 titres autour du 21 septembre. Le 31 août, ce même dirigeant s’était déjà séparé de 30 000 actions. À la mi-septembre, une notification obligatoire a par ailleurs été publiée pour Scott Gawel, Principal Accounting Officer : 2 932 actions ont été retenues afin de couvrir les obligations fiscales liées à l’attribution de Restricted Stock Units — une pratique courante chez les groupes technologiques américains dans le cadre de leurs programmes de rémunération.
Le rayonnement du groupe dépasse désormais la sphère financière. Le 15 septembre, le PDG Jensen Huang était attendu au banquet d’État organisé par le président américain Donald Trump en l’honneur de son homologue chinois Xi Jinping. La présence du dirigeant à ces tables où se négocient les intérêts technologiques et géopolitiques mondiaux illustre la portée systémique du modèle. Pour saisir où va le marché, sans doute vaut-il mieux observer le maillage que Huang tisse autour de l’industrie que scruter les variations hebdomadaires de la cote.
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