Le géant des semi-conducteurs ne laisse rien au hasard. Alors que la demande pour l’infrastructure d’intelligence artificielle ne montre aucun signe d’essoufflement, Nvidia verrouille ses approvisionnements stratégiques. Le groupe a officialisé mercredi un partenariat de long terme avec le spécialiste américain des fibres optiques Corning, assorti d’une enveloppe pouvant atteindre 2,7 milliards de dollars. L’opération prévoit également l’acquisition de warrants portant sur 18 millions d’actions Corning pour un montant initial de 500 millions de dollars.
L’objectif est clair : remplacer progressivement les câbles en cuivre par des liaisons optiques dans les futures architectures de serveurs dédiés à l’IA. Les systèmes Vera Rubin, qui embarquent actuellement près de 5 000 câbles en cuivre, devraient à terme basculer vers des technologies de « co-packaged optics ». Pour accompagner cette transition, Corning va décupler ses capacités de production aux États-Unis, avec trois nouvelles usines en Caroline du Nord et au Texas, créant plus de 3 000 emplois.
Cette stratégie d’intégration verticale ne date pas d’hier. En mars dernier, Nvidia avait déjà injecté 4 milliards de dollars chez Coherent et Lumentum, deux fournisseurs clés de composants laser pour sa plateforme Spectrum-X. Le message est limpide : le champion des puces IA veut contrôler chaque maillon de sa chaîne logistique.
Un secteur porté par des résultats éclatants
La publication trimestrielle d’AMD a agi comme un catalyseur pour l’ensemble du secteur. Son chiffre d’affaires dans les centres de données a bondi de 57 %, dissipant les craintes d’un ralentissement de la demande en infrastructures IA. L’action Nvidia a immédiatement réagi, grimpant de 5,49 % mercredi pour clôturer à 177,22 euros, mettant fin à plusieurs séances de faiblesse.
Le titre évolue désormais confortablement au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours (157,78 euros), tandis que le RSI neutre indique l’absence de surachat ou de survente. Depuis le début de l’année, l’action affiche une progression de 10 %. Les analystes restent confiants : 37 d’entre eux attribuent une recommandation d’achat avec un objectif de cours moyen de 272 dollars.
L’écosystème optique en pleine effervescence
Lumentum incarne parfaitement cette dynamique. Le fabricant de composants laser a vu son chiffre d’affaires bondir de 90 % au troisième trimestre fiscal 2026, à 808,4 millions de dollars. Sa marge brute GAAP est passée de négative à 21,6 %, tandis que la marge non-GAAP a atteint 32,2 %. Surtout, la trésorerie a gonflé de près de 2 milliards de dollars pour atteindre 3,17 milliards, grâce à l’injection directe de Nvidia.
Le déséquilibre entre l’offre et la demande reste criant. Le CEO de Lumentum évalue le déficit à « nettement plus de 30 % » pour les lasers EML et les pompes laser. Pour y remédier, une nouvelle usine dédiée aux composants optiques à base de phosphure d’indium sortira de terre à Greensboro, en Caroline du Nord, avec une mise en production prévue pour mi-2028. Les prévisions pour le quatrième trimestre tablent sur un chiffre d’affaires record compris entre 960 millions et 1,01 milliard de dollars. L’analyste Ruben Roy, de Stifel, a relevé son objectif de cours de 800 à 1 100 dollars, évoquant une visibilité de 12 à 18 mois sur la demande.
Malgré ces fondamentaux solides, l’action Lumentum a cédé 9,21 % mercredi à 777,00 euros, victime de prises de bénéfices après une ascension fulgurante. Le RSI à 74,7 signalait en effet un terrain suracheté.
TSMC au firmament, LPKF dans la douleur
Le taïwanais TSMC continue d’enchaîner les records. Au premier trimestre 2026, son chiffre d’affaires a atteint 35,89 milliards de dollars, en hausse de plus de 40 % en dollar. La marge brute a grimpé à 66,2 %, la marge opérationnelle à 58,1 %, des niveaux nettement supérieurs aux attentes. La plateforme High-Performance Computing — accélérateurs IA, processeurs serveurs et puces réseau — représente désormais 61 % du chiffre d’affaires, contre 51 % un an plus tôt.
Le management a relevé le taux de croissance annuel des ventes d’accélérateurs IA de 50 % à 56-59 %. Pour le deuxième trimestre, TSMC anticipe un chiffre d’affaires compris entre 39 et 40,2 milliards de dollars. Les dépenses d’investissement, comprises entre 52 et 56 milliards de dollars pour l’exercice, se situent dans le haut de la fourchette, sans parvenir à détendre les capacités de production. L’action a inscrit mercredi un nouveau plus haut sur 52 semaines à 354,00 euros, portant son gain annuel à près de 30 %.
À l’opposé du spectre, LPKF Laser traverse une phase de restructuration délicate. Le spécialiste allemand du laser a vu son chiffre d’affaires chuter de 32 % au premier trimestre 2026, à 17,1 millions d’euros, plombé par la faiblesse du secteur solaire. Le résultat opérationnel ressort à -6,9 millions d’euros. Pourtant, les prises de commandes ont rebondi à 24,1 millions d’euros, portant le ratio book-to-bill à 1,4. La demande pour les systèmes de découpe laser de précision pour circuits imprimés s’est nettement raffermie, tandis que le segment défense a bénéficié du déblocage de décisions d’investissement après le shutdown américain.
La véritable promesse de LPKF réside dans l’Advanced Packaging sur verre. L’industrie des semi-conducteurs se tourne de plus en plus vers les substrats en verre et les Through-Glass Vias. LPKF élargit son offre au-delà de la structuration du verre pour inclure le singulation et l’assemblage laser de piles de verre multicouches. Le directoire vise une marge EBIT durable à deux chiffres d’ici 2028. L’action, qui a bondi de 292 % depuis le début de l’année à 23,60 euros — son plus haut sur 52 semaines — reflète déjà en partie ces anticipations, mais sa volatilité annualisée de 128 % rappelle le caractère spéculatif du dossier.
La pression concurrentielle s’accentue
Si Nvidia contrôle encore environ 80 % du marché des accélérateurs IA, les géants du cloud ne restent pas les bras croisés. Alphabet et Amazon commercialisent de plus en plus leurs propres puces spécialisées auprès de leurs clients. Avec une capitalisation boursière de 4 710 milliards de dollars, Alphabet talonne désormais le leader.
Les investissements combinés des cinq plus grands fournisseurs de cloud devraient atteindre environ 705 milliards de dollars en 2026, soit une hausse de 67 %. Rocket Lab, de son côté, publiera ses résultats du premier trimestre jeudi. Le marché attend un chiffre d’affaires de 189,65 millions de dollars (+31 % sur un an) et une perte par action de 0,04 dollar. Le carnet de commandes record de 1,85 milliard de dollars fin 2025 (+73 %) sera particulièrement scruté.
Le prochain rendez-vous majeur pour Nvidia reste la publication des résultats du premier trimestre le 20 mai 2026. Les analystes anticipent un bénéfice par action de 1,76 dollar pour un chiffre d’affaires de près de 79 milliards de dollars. Un test décisif pour la valorisation de l’ensemble du secteur des semi-conducteurs.
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