L’once d’or a terminé la semaine à 4 091 dollars, accusant une dégringolade de 27 % par rapport au sommet de janvier (5 627 dollars). Sur un mois, le recul atteint 8 %. Ce plongeon cache pourtant une double actualité qui fragilise le métal jaune : les banques chinoises ferment l’accès au marché physique pour les particuliers, tandis que la Réserve fédérale américaine durcit son discours monétaire.
Les grandes banques chinoises tirent le rideau
La Industrial and Commercial Bank of China (ICBC) a annoncé l’arrêt de son service de négoce de métaux précieux pour les clients particuliers via la Shanghai Gold Exchange, à compter du 24 juillet 2026. Une décision radicale qui s’inscrit dans une tendance plus large : la China Guangfa Bank avait déjà imposé à ses clients une limite au 25 juin, avec risque de liquidation forcée des positions non soldées. Les établissements justifient cette mesure par la nécessité de protéger les investisseurs dans un environnement de forte volatilité. Seuls les achats de lingots, de bijoux, ainsi que les ETF et les contrats à terme via des courtiers restent autorisés.
La Fed change la donne
De l’autre côté de l’Atlantique, la première réunion du FOMC sous la présidence de Kevin Warsh, le 17 juin, a marqué un tournant. La banque centrale a relevé sa prévision d’inflation PCE pour 2026, passant de 2,7 % à 3,6 %. Le « dot plot » suggère désormais une hausse des taux, là où les marchés anticipaient encore une baisse. Le vote a été serré : neuf des dix-huit membres se prononcent pour un resserrement au second semestre, tandis que les neuf autres penchent pour un statu quo ou un assouplissement. Les probabilités implicites sont élevées : 80 % pour une hausse en décembre, 63 % pour septembre. L’indice RSI est tombé à 36, frôlant la zone de survente sans pour autant déclencher un signal d’achat clair.
Les prochains rendez-vous : emploi et inflation
La semaine à venir sera décisive. Le calendrier américain comprend le PMI de juin, les offres d’emploi JOLTS, l’ISM manufacturier et surtout le rapport sur l’emploi de juin (Non-Farm Payrolls). Un chiffre autour de 110 000 nouvelles embauches conforterait les attentes de hausse des taux. Si le marché du travail se montrait plus dynamique, la pression sur l’or s’accentuerait. Seule une baisse des prix de l’énergie dans les mois à venir pourrait offrir un répit temporaire. Autre facteur défavorable : l’inflation américaine s’est établie à 4,1 % en mai (3,4 % en core), associée à un dollar fort et à une prime de risque géopolitique en recul après le traité de paix américano-iranien.
Les analystes revoient leurs objectifs à la baisse
Face à ce contexte, les grandes banques ajustent leurs pronostics. Goldman Sachs a réduit son objectif de fin d’année de 5 400 à 4 900 dollars le 20 juin. Deutsche Bank et ING tablent sur 4 300 dollars au troisième trimestre. Le consensus reste pourtant optimiste sur le long terme : Morgan Stanley vise 5 200 dollars, UBS 5 500, Bank of America et J.P. Morgan 6 000, et Wells Fargo 6 100 à 6 300 dollars. L’écart entre le cours actuel et ces cibles illustre le décalage entre les pressions monétaires à court terme et les fondamentaux structurels.
Les banques centrales continuent d’acheter
Malgré les vents contraires, la demande institutionnelle demeure solide. La People’s Bank of China a acquis près de dix tonnes d’or en mai, portant à 19 mois consécutifs ses achats. Selon le World Gold Council, 45 % des banques centrales prévoient d’accroître leurs réserves dans les douze mois à venir – un record historique – et 89 % anticipent une hausse des avoirs mondiaux. La raison : le gel d’environ 300 milliards de dollars de réserves russes en 2022 a durablement modifié la gestion des réserves, l’or étant un actif physique impossible à bloquer par décret.
Niveaux techniques à surveiller
En chartisme, le support se situe à 3 820 dollars, la résistance à 4 114 dollars. Le cours évolue à environ 9 % sous sa moyenne mobile à 50 jours, témoignant de la vigueur de la correction. Un franchissement durable sous les 4 000 dollars ouvrirait la voie à des ventes techniques supplémentaires. La prochaine réunion du FOMC, les 28 et 29 juillet, pourrait sceller l’orientation de court terme du métal précieux.
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