L’once d’or oscille depuis plusieurs semaines dans un couloir étroit, butant systématiquement sur la zone de résistance des 4.160 à 4.214 dollars. Vendredi, le métal jaune a clôturé à 4.127,60 dollars, cédant 0,12 % sur la séance. Sur la semaine, le repli atteint 1,43 %, et depuis le 1er janvier, la dégringolade est de 4,93 %. Le plus frappant reste la contraction des variations : sur sept jours, le cours n’a oscillé qu’entre 4.125 et 4.166 dollars, un mimétisme qui traduit l’attentisme des acteurs.
Les banques centrales ne relâchent pas la pression
Pourtant, derrière cette apparente torpeur, les réserves officielles continuent de gonfler. En mai, les banques centrales ont acheté 41 tonnes nettes, après 17 tonnes en avril. La Chine a ajouté 15 tonnes, portant à vingt mois consécutifs sa série d’acquisitions. La Pologne, avec environ 82 tonnes au premier semestre, et la Tanzanie, qui a engrangé 28 tonnes en dix-huit mois pour 3,68 milliards de dollars, illustrent l’ampleur du mouvement. L’Inde, de son côté, a vu ses réserves d’or bondir de 2,67 milliards de dollars, à 105,21 milliards, dans la semaine au 4 juillet. Une enquête récente révèle que 89 % des banques centrales anticipent une hausse de leurs stocks, et 45 % prévoient explicitement d’en acheter davantage dans l’année à venir. J.P. Morgan enfonce le clou en tablant sur un cours de 6.000 dollars l’once d’ici 2027.
Un tableau technique en demi-teinte
Le comportement des prix contraste avec cette dynamique. Depuis le record absolu de 5.626,80 dollars touché le 29 janvier, l’or évolue dans une tendance baissière de fond. La distance avec le plus haut sur un an atteint 26,64 %. Les moyennes mobiles, toutes deux orientées à la baisse, restent éloignées : l’once cote 5,45 % en dessous de sa moyenne à 50 jours (4.365,48 dollars) et 9,07 % sous celle à 200 jours (4.539,11 dollars). Le « cross de la mort » demeure actif, même si la formation d’un double plancher autour de 4.000 dollars et d’un coin descendant potentiellement haussier tempèrent le pessimisme. Le RSI, à 44, ne penche d’aucun côté. La volatilité annualisée à 30 jours, à 27,01 %, rappelle que le dossier reste nerveux, malgré les apparences.
Des vents contraires macroéconomiques persistants
Les forces qui bloquent l’or sont bien identifiées. Le rapport sur l’emploi américain de juin, avec seulement 57.000 créations de postes et des révisions à la baisse de 74.000 sur les deux mois précédents, a ranimé les espoirs d’assouplissement monétaire. Mais les minutes de la Fed, publiées depuis, ont douché ces attentes : l’inflation inquiète toujours les décideurs. Dans le même temps, les rendements obligataires grimpent – 4,2 % sur le deux ans, 4,5 % sur le dix ans – et le dollar dépasse la barre des 100 points. L’or, actif sans rendement, souffre. La demande physique n’offre aucun secours : juillet et août sont traditionnellement les mois les plus faibles pour les bijoutiers, et les prix élevés freinent les achats chinois et indiens. Résultat, le métal jaune reste coincé entre un support à 4.090 dollars et une résistance à 4.214.
L’inflation américaine comme aiguillon
Tous les regards se tournent désormais vers les chiffres de l’inflation américaine, attendus mardi. La récente flambée des cours du pétrole, alimentée par les tensions au Moyen-Orient, a déjà fait monter les anticipations. Si l’or tient au-dessus de 4.000 dollars, un rebond vers 4.500-4.800 dollars est envisageable. En revanche, une cassure sous 3.950 dollars ouvrirait la voie vers 3.800 voire 3.500 dollars. La zone 4.000-4.050 dollars est jugée cruciale par les analystes techniques, qui rappellent que l’once a brièvement glissé sous ce seuil début juillet, pour la première fois depuis novembre 2025, avant de se redresser de 1,3 % le 9 juillet. Le deuxième trimestre 2026 a d’ailleurs été le pire en treize ans.
Une consolidation qui pourrait durer
En attendant, le marché pourrait encore s’enliser. Metals Focus anticipe un statu quo de la Fed pour le reste de 2026, ce qui prive l’or d’un catalyseur monétaire immédiat. Le réveil est attendu vers la fin du troisième trimestre, lorsque les investisseurs ajusteront leurs anticipations. D’ici là, les déclarations des responsables de la Fed et les indicateurs économiques américains dicteront le tempo. La fourchette des dernières semaines – 4.090 à 4.214 dollars – demeure la matrice du mouvement à court terme, avec un potentiel de sortie qui dépendra de la capacité du métal jaune à digérer à la fois la pression technique et les fondamentaux divergents.
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