L’or aborde une semaine charnière dans un contexte paradoxal. D’un côté, les données macroéconomiques et le discours inflexible de la Réserve fédérale pèsent lourdement sur l’once. De l’autre, les derniers relevés de positionnement montrent que les grands spéculateurs réduisent leurs paris baissiers, tandis que les banques centrales poursuivent leurs achats. Le cours a clôturé vendredi à 4 103,70 dollars, en hausse de 1,54 % sur la séance, mais toujours en recul de 1,66 % sur la semaine — la quatrième baisse hebdomadaire consécutive.
Le mouvement baissier s’est accéléré depuis la réunion de la Fed du 17 juin. L’once a perdu environ 6 % et est même descendue sous la barre psychologique des 4 000 dollars en milieu de semaine — une première depuis novembre. Sur un mois, le repli atteint près de 8 %, à bonne distance du record historique de plus de 5 600 dollars touché en janvier. L’inflation sous-jacente (PCE) est remontée à 3,4 %, tandis que la croissance du PIB au premier trimestre a été révisée à 2,1 %. De quoi écarter tout espoir de baisse des taux à court terme : le marché intègre désormais trois hausses cette année, la probabilité d’un premier geste en septembre étant tombée à environ 62 %.
Cette semaine, tous les regards se tourneront vers les chiffres de l’emploi américain. Les Non-Farm Payrolls sont attendus jeudi, précédés par les données JOLTS et les PMI. Parallèlement, le forum de la BCE à Sintra réunira Christine Lagarde et Kevin Warsh, le président de la Fed. Ce dernier a réaffirmé son engagement contre l’inflation, rejetant publiquement les rumeurs de pression de la Maison-Blanche. Un rapport sur l’emploi plus solide que prévu renforcerait encore la position hawkish de la Fed et pèserait sur l’or.
Pourtant, les données de positionnement publiées le 27 juin envoient un signal contradictoire. Les grands spéculateurs ont massivement réduit leurs positions short sur l’or, l’optimisme dans le compartiment des options s’est renforcé et les demandes de livraison à la COMEX ont augmenté. Ce tableau haussier contraste avec les flux observés du côté des ETF : après avoir atteint un plus haut pluriannuel fin février, les encours ont fondu d’environ 4 % et Goldman Sachs a enregistré le premier reflux mensuel des ETF aurifères asiatiques depuis août 2025. À l’inverse, les banques centrales continuent d’acheter. Sur les quatre dernières années, elles ont acquis en moyenne 1 000 tonnes par an — le double de la décennie précédente. Au premier trimestre 2026, la demande a atteint 244 tonnes, et 45 % d’entre elles prévoient d’accroître leurs réserves dans les douze mois, selon le World Gold Council. La Chine achète pour le dix-neuvième mois consécutif.
Les grandes banques ont revu leurs objectifs à la baisse, mais restent très optimistes par rapport au cours actuel. Goldman Sachs a réduit sa cible annuelle de 5 400 à 4 900 dollars le 20 juin, invoquant l’essoufflement des entrées en ETF et l’absence totale de baisse des taux dans ses prévisions. Les autres maisons maintiennent des niveaux bien plus élevés : Morgan Stanley vise 5 200 dollars, UBS 5 500, J.P. Morgan environ 6 000, Bank of America 6 000 et Wells Fargo entre 6 100 et 6 300 dollars.
L’analyse technique reste fragile. Le récent rebond a permis de franchir la résistance des 4 095 dollars, mais un passage durable au-dessus des 4 246 dollars est jugé indispensable pour neutraliser le biais baissier. En dessous, le support clé se situe à 3 932 dollars, suivi du retracement de 61,8 % qui, s’il cède, ouvrirait la voie vers 3 875 dollars, puis 3 645 dollars. Le RSI, à 37, signale un marché survendu mais sans signal de retournement confirmé.
Les tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz et le conflit latent entre les États-Unis et l’Iran apportent un soutien ponctuel. Mais ce risque pourrait paradoxalement se retourner contre l’or : une flambée du pétrole alimenterait l’inflation, renforçant la détermination de la Fed à durcir sa politique monétaire.
Enfin, la clôture du premier semestre, vendredi, pourrait amplifier la volatilité en raison des rééquilibrages institutionnels. Les signaux haussiers du COT devront être validés par les chiffres de l’emploi. D’ici là, le marché reste en équilibre instable entre des fondamentaux hostiles et une position spéculative qui semble anticiper un retournement.
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