L’once d’or a aligné une progression spectaculaire de 300 dollars depuis jeudi dernier, pour culminer à 4 355 dollars ce lundi. Le métal jaune a gagné 126 dollars entre vendredi et lundi matin à Londres, soit une hausse de 2,72 % sur la seule journée. L’élément déclencheur : un accord-cadre numérique signé dimanche entre Washington et Téhéran, qui promet une trêve de soixante jours et la réouverture du détroit d’Ormuz.
L’onde de choc a d’abord frappé le marché pétrolier. Le Brent a plongé d’environ 5 %, autour de 83 dollars le baril, et le WTI a subi une correction équivalente. Cette dégringolade a entraîné le dollar dans son sillage : l’indice du billet vert a glissé à 99,38 points, son plus bas niveau depuis une semaine. Or, un dollar faible rend l’or moins onéreux pour les acheteurs étrangers, ce qui a immédiatement dopé la demande. L’accord a été paraphé par Donald Trump, son vice-président J.D. Vance et le président du Parlement iranien Mohammad Ghalibaf. La cérémonie officielle est prévue vendredi à Genève, tandis que les détails du mémorandum doivent être publiés dans les 24 à 48 heures.
La détente géopolitique modifie aussi les anticipations d’inflation. La baisse des prix de l’énergie allège les pressions sur les prix, ce qui réduit la nécessité pour la Réserve fédérale de resserrer sa politique. Mercredi, la Fed tient sa première réunion sous la présidence de Kevin Warsh. Le marché table à 97 % sur un statu quo, le principal taux directeur restant dans la fourchette 3,50 %-3,75 %. Plus intéressant pour l’or, la probabilité d’un relèvement en décembre est tombée à seulement 55 %, et le rendement des obligations d’État américaines à dix ans recule à 4,46 %. L’or, qui ne génère aucun coupon, profite directement de cette baisse des taux longs.
Malgré cette euphorie, le métal jaune reste techniquement fragile. Il évolue encore 22 % sous son record historique de 5 626 dollars atteint en janvier, ce qui constitue le marché baissier le plus rapide depuis la crise financière de 2008. Les achats massifs des banques centrales empêchent toutefois un effondrement. La Banque populaire de Chine a encore accru ses réserves en mai, avec un ajout de 320 000 onces, portant à dix-neuf mois consécutifs de rachats. La demande physique asiatique soutient également les cours.
Tous les observateurs ne partagent pas l’optimisme ambiant. Le président de la Bundesbank, Joachim Nagel, met en garde contre une joie prématurée : la normalisation de l’offre pétrolière pourrait prendre des mois, car de nombreuses infrastructures de production sont endommagées. Les risques inflationnistes subsistent. La Commerzbank juge certes la réaction des marchés « très positive », mais rappelle que le conflit a déjà coûté environ 0,4 point de croissance à l’Allemagne et à la zone euro. Dans ce contexte, les valeurs aurifères bondissent tandis que les titres énergétiques souffrent de la chute du brut.
Justin Lin, de Global X Management, estime que le rallye peut se prolonger si l’accord tient et que le trafic maritime reprend effectivement dans le détroit d’Ormuz. Les prochains jours seront décisifs : les détails du mémorandum seront dévoilés d’ici quarante-huit heures, et la signature officielle en Suisse vendredi scellera – ou non – ce nouveau chapitre pour l’or.
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