À première vue, tout oppose la violence des pertes d’Ubisoft et l’enthousiasme des investisseurs vendredi. Alors que le groupe publiait une perte nette de près de 1,5 milliard d’euros pour l’exercice clos en mars 2026, le titre a bondi de près de 15 % pour clôturer à 5,17 euros. Ce paradoxe s’explique par une double actualité : un plan de restructuration radical et l’entrée en scène du géant chinois Tencent.
Les comptes annuels sont sans appel. Les net bookings ont reculé de 17,4 % pour s’établir à 1,53 milliard d’euros, tandis que le chiffre d’affaires global a plongé de près de 22 %. La perte opérationnelle a dépassé 1,3 milliard d’euros. Seule note positive : la dette nette a été réduite de 885 à 187 millions d’euros, offrant une marge de manœuvre au groupe. Ce dernier a réagi en taillant dans ses coûts fixes : 118 millions d’euros d’économies déjà réalisées par rapport à l’exercice précédent, avec un objectif de 500 millions d’euros d’ici mars 2028.
La restructuration est massive. Sept projets en développement ont été purement annulés, six autres repoussés. Parallèlement, 1 200 postes ont été supprimés, ramenant les effectifs à 16 600 collaborateurs. Le management a également réorganisé les équipes créatives restantes autour de cinq « Creative Houses », sous la houlette du PDG Yves Guillemot.
Mais le signal le plus fort vient de l’accord avec Tencent. Le géant chinois a injecté 1,16 milliard d’euros pour acquérir une participation économique de 26 % dans les nouvelles « Vantage Studios ». Cette structure détient désormais les droits des franchises les plus lucratives du groupe : Assassin’s Creed, Far Cry et Rainbow Six. Vantage Studios est valorisé à près de 4,5 milliards d’euros, soit quasiment le double de la capitalisation boursière actuelle d’Ubisoft. Une disproportion qui illustre l’ampleur de la décote subie par le groupe.
À la Bourse, la volatilité reste extrême. Après avoir chuté de 18 % la veille, l’action a rebondi violemment vendredi, portée par le besoin de couverture des vendeurs à découvert : 13,5 % du flottant est shorté par dix fonds différents, un terreau propice aux rallyes techniques. Le titre bute désormais sur une résistance à 5,34 euros. Depuis le début de l’année, il abandonne près de 20 %, et sur un an, la chasse approche 50 %. La famille Guillemot, via Guillemot Brothers Limited, a prolongé jusqu’en avril 2027 un contrat de financement gagé sur 2 millions d’actions, signe que les fondateurs restent exposés.
Les perspectives immédiates restent sombres. Pour l’exercice 2026/27, Ubisoft anticipe une nouvelle baisse des net bookings de 8 à 9 %, et un free cash flow négatif pouvant atteindre 500 millions d’euros. Le retour à la rentabilité opérationnelle et à un cash flow positif n’est plus attendu avant l’exercice 2027/28. La pièce maîtresse de ce scénario de redressement sera la sortie de Assassin’s Creed Black Flag Resynced en juillet prochain – un véritable test pour la nouvelle stratégie qualité.
Un mince espoir vient toutefois des utilisateurs. Le nombre de joueurs actifs mensuels s’élève à 36 millions, et leurs dépenses récurrentes ont bondi de 14,7 %. Ces indicateurs fidélisent le marché, même si les deux exercices difficiles laissent une cicatrice profonde. Les prochains résultats trimestriels, qui incluront pour la première fois une contribution de la structure Vantage, en diront plus sur la capacité d’Ubisoft à rebondir.
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