Le géant des semi-conducteurs accélère sa stratégie de déploiement international sur deux fronts simultanément. Alors que son partenaire Wistron vient d’inaugurer une usine de 700 millions de dollars à Fort Worth, au Texas, pour produire le superchip GB300 Grace Blackwell, Nvidia a scellé cette semaine un ensemble d’accords majeurs en Corée du Sud lors d’un sommet sur l’IA dans la Silicon Valley. L’objectif : faire de la péninsule coréenne un pilier central de l’infrastructure mondiale de l’intelligence artificielle.
10 milliards de dollars pour le datacenter GAK Sejong
Le cœur de l’offensive sud-coréenne repose sur une injection d’un milliard de dollars dans Naver, le géant internet local, destinée à étendre son centre de données dédié à l’IA. Lee Hae-jin, fondateur de Naver, a précisé que l’engagement combiné de Nvidia et de l’investisseur Brookfield atteint environ 10 milliards de dollars. L’installation, baptisée GAK Sejong, démarrera avec une capacité de 55 mégawatts pour viser le gigawatt d’ici 2029.
Parallèlement, Nvidia approfondit sa coopération avec le groupe SK. Les deux parties projettent des centres de données totalisant plus de deux gigawatts sur la péninsule, avec une première mise en service prévue en 2027. L’initiative représente un investissement global supérieur à 500 milliards de dollars selon le conglomérat sud-coréen. Nvidia apporte également son expertise à SK Hynix pour la conception des futures puces mémoire HBM, composants essentiels à l’entraînement des grands modèles d’IA.
Samsung et SK Hynix verrouillent l’approvisionnement
Samsung et SK Hynix, qui contrôlent ensemble environ 80 % du marché mondial du HBM, ont signé des contrats d’approvisionnement à long terme non seulement avec Nvidia, mais aussi avec OpenAI et Broadcom. Ce volet s’accompagne d’un accord avec Hyundai portant sur les véhicules autonomes et l’IA physique, ainsi que du laboratoire de recherche conjoint avec l’université KAIST, déjà annoncé à hauteur de 300 millions de dollars.
L’usine texane déjà en production
De l’autre côté du Pacifique, la stratégie de rapprochement de la production vers le marché domestique se concrétise. Wistron, principal partenaire de fabrication de Nvidia, a ouvert son premier site américain à Fort Worth. L’usine « D1 », qui s’étend sur 30 000 mètres carrés, produit déjà le GB300 Grace Blackwell Ultra Superchip. À partir de fin 2026, elle devrait également assembler la future architecture Vera Rubin. Nvidia a par ailleurs conclu un contrat pluriannuel de 1,5 milliard de dollars avec Amkor Technology pour renforcer les capacités de packaging avancé et de test aux États-Unis.
Résistance boursière dans un secteur sous pression
Ces annonces interviennent dans un contexte boursier agité. Les résultats décevants de Tesla et les prévisions d’investissement revues à la hausse chez Alphabet ont déclenché une vague de ventes sur les valeurs technologiques, effaçant 787 milliards de dollars de capitalisation boursière en une seule journée sur l’indice « Magnificent Seven ». L’indice Philadelphia Semiconductor a cédé 4,5 % sur la même séance, Intel et Micron chutant à deux chiffres.
Nvidia a pourtant fait preuve d’une résilience remarquable. À la clôture vendredi, l’action s’échangeait à 182,00 euros en Allemagne, en repli de seulement 0,80 % sur la journée. Sur la semaine, le titre affiche même une progression de 2,70 %. Le cours se situe désormais à 180,68 euros, quasi au niveau de sa moyenne mobile à 50 jours (180,79 euros), un seuil technique surveillé de près par les opérateurs. Depuis le début de l’année, l’action gagne 12,73 %, même si elle reste distante de 10 à 11 % de son plus haut annuel à 202,50 euros atteint en mai.
Le pari controversé de Michael Burry
Alors que la croissance du chiffre d’affaires et de la marge opérationnelle continue d’impressionner, le débat sur la valorisation s’intensifie. Michael Burry, célèbre pour ses paris contre le marché immobilier de 2008, a accru ses positions baissières sur Nvidia et un ETF élargi de semi-conducteurs. Il compare la situation actuelle à la bulle internet de 1999-2000, pointant des valorisations extrêmes et une concentration excessive du marché sur quelques valeurs technologiques.
Les institutionnels restent partagés : Quilter Plc a augmenté sa participation de plus de 300 000 actions au deuxième trimestre, tandis que des dirigeants de Nvidia ont vendu pour des centaines de millions de dollars de titres ces derniers mois. Le consensus des analystes demeure majoritairement à l’achat, avec des objectifs de cours nettement supérieurs aux niveaux actuels.
La stratégie « Sovereign AI » comme rempart
Au-delà des partenariats industriels, Nvidia déploie une approche plus large baptisée « Sovereign AI ». L’idée : collaborer directement avec les gouvernements et les instituts de recherche pour bâtir des infrastructures locales d’IA, réduisant ainsi la dépendance aux grands fournisseurs de cloud. Le laboratoire commun avec KAIST à Séoul illustre cette vision, tout comme l’utilisation des modèles ouverts « Nemotron » dans des environnements régulés ou sensibles.
Entre l’offensive sud-coréenne, l’usine texane et la montée en puissance de l’architecture Vera Rubin, Nvidia tisse une toile industrielle et géopolitique qui vise à sécuriser à la fois ses chaînes d’approvisionnement et son accès aux marchés. Reste à savoir si cette stratégie portera ses fruits face à la concurrence d’AMD, qui vient de dévoiler son système « Helios » avec la série Instinct MI400, et aux incertitudes commerciales liées aux menaces de droits de douane américains contre l’Union européenne.
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