Le paradoxe nvidiaen prend une ampleur inédite. Alors que le groupe californien prépare le lancement de sa plateforme Vera Rubin, censée réduire les coûts d’inférence de 90 % par rapport à la génération Blackwell, sa part de marché en Chine est tombée à zéro. Un contraste saisissant qui illustre les forces contradictoires à l’œuvre chez le champion américain de l’IA.
Pékin tourne la page Nvidia
Jensen Huang, le PDG de Nvidia, l’a confirmé sans détour : l’entreprise ne détient plus aucune part du marché chinois des accélérateurs d’IA. Avant les restrictions à l’exportation imposées par Washington, ce chiffre atteignait 95 %. L’instauration de licences obligatoires pour les puces H20 à partir d’avril 2025 a précipité la chute. Huang a qualifié la politique américaine de « contre-productive », estimant qu’elle pousse Pékin vers l’autonomie dans le secteur des semi-conducteurs.
Dans ce vide, Huawei s’impose avec son processeur Ascend 950PR, tandis que des acteurs comme Cambricon et Moore Threads grignotent également des parts. Le marché chinois, jadis vital pour Nvidia, est désormais verrouillé.
Une pipeline à mille milliards de dollars
Pour compenser cette perte, Nvidia mise sur sa feuille de route technologique. La plateforme Vera Rubin, dont le lancement se prépare, promet de diviser par dix les coûts d’inférence par rapport à Blackwell. Combinées, les deux architectures devraient générer un chiffre d’affaires cumulé d’environ mille milliards de dollars dans le segment des centres de données d’ici fin 2027.
Cette ambition s’appuie sur des commandes massives des hyperscalers. Microsoft prévoit environ 190 milliards de dollars d’investissements pour l’année calendaire 2026, dont une large part dédiée aux CPU et GPU. Amazon a budgété 200 milliards de dollars pour cette année, principalement orientés vers son cloud et l’IA générative. Ces engagements confortent les prévisions de Nvidia.
Des chaînes d’approvisionnement sous tension
Les derniers chiffres témoignent d’une montée en puissance industrielle sans précédent. Les engagements liés à la chaîne d’approvisionnement ont bondi de près de 90 %, atteignant 95,2 milliards de dollars — contre environ 28 à 30 milliards encore au premier semestre de l’exercice 2026. Les stocks ont grimpé à 21,4 milliards de dollars. Un signal clair : Nvidia construit des capacités pour devancer la demande, pas seulement la servir.
Au quatrième trimestre de l’exercice 2026, le groupe a enregistré un chiffre d’affaires record de 68,1 milliards de dollars, en hausse de 73 % sur un an. Pour le premier trimestre de l’exercice 2027, la guidance est fixée à 78 milliards de dollars, plus ou moins 2 %. Les résultats seront publiés le 20 mai.
La concurrence s’organise, Nvidia riposte
Mais l’horizon n’est pas totalement dégagé. Les hyperscalers, qui représentent une part significative des revenus de Nvidia, développent parallèlement leurs propres puces spécialisées. Selon Counterpoint Research, les livraisons de ces ASIC sur mesure devraient tripler d’ici 2027 par rapport à 2024.
La réponse de Nvidia est astucieuse : via la technologie NVLink Fusion, le groupe intègre des puces tierces — y compris les processeurs sur mesure de Marvell — dans son réseau propriétaire. Une façon de rester pertinent même dans les centres de données où ses propres GPU sont remplacés. En face, AMD, Intel et Broadcom se regroupent autour du standard ouvert UALink, alternative à NVLink.
Marvell Technology, de son côté, a presque doublé en Bourse cette année, porté par la demande de puces d’IA sur mesure. Nvidia continue de croître, mais plus en position d’ultra-domination.
L’action à l’épreuve des chiffres
L’action Nvidia s’échange actuellement autour de 169,78 euros, soit environ 7 % en dessous de son plus haut annuel de 182,26 euros atteint fin avril. Depuis le début de l’année, le titre affiche une progression d’environ 5 %. Le RSI, autour de 50, n’indique ni surachat ni survente.
Les investisseurs institutionnels détiennent environ 65 % des actions en circulation, ce qui stabilise la structure actionnariale mais limite aussi les mouvements rapides à la hausse. Les analystes, en consensus, fixent un objectif de cours à 275,25 dollars, soutenu par 48 recommandations d’achat.
Le 20 mai, Nvidia devra démontrer que ses engagements massifs dans la chaîne d’approvisionnement se traduisent effectivement par une accélération de la croissance du chiffre d’affaires. Le trimestre s’est achevé le 26 avril — les chiffres sont donc déjà connus. Reste à savoir dans quelle mesure Nvidia pourra dépasser sa propre prévision de 78 milliards de dollars.
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