Nvidia évolue sur un fil. D’un côté, le géant des puces fait face à une offensive réglementaire sans précédent en Europe, qui menace directement son écosystème logiciel propriétaire. De l’autre, il dévoile une nouvelle génération de technologies réseau et processeur qui repousse les limites de l’infrastructure pour l’intelligence artificielle. L’équilibre entre ces deux forces déterminera la trajectoire du titre dans les mois à venir.
L’action Nvidia a clôturé à 181,92 euros, en hausse de 2,14 % sur la séance. Un gain modeste qui traduit l’attentisme des investisseurs, partagés entre le potentiel des nouvelles plateformes et l’épée de Damoclès que fait peser l’Autorité de la concurrence française.
L’enquête française entre dans sa phase décisive
Le 9 juillet 2026, l’Autorité de la concurrence a signalé que son enquête ouverte fin 2023 — avec des perquisitions inopinées — touche à sa fin. La décision d’émettre ou non une notification formelle de griefs est imminente. Au cœur des investigations : la position dominante de CUDA, le logiciel propriétaire qui verrouille les développeurs dans l’écosystème Nvidia, ainsi que les participations stratégiques du groupe dans des fournisseurs de cloud spécialisés comme CoreWeave.
Pour Nvidia, il s’agit du premier test réglementaire majeur en Europe dans le domaine de l’IA. Une sanction pourrait atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial, soit plusieurs milliards d’euros sur la base des 130,5 milliards de dollars de revenus récents. Mais au-delà de l’amende, c’est le modèle économique lui-même qui est en jeu : si les régulateurs imposent une interopérabilité de CUDA, le « fossé » concurrentiel qui protège Nvidia pourrait s’effriter.
Spectrum-6 et Vera-CPU : la réponse technologique
Alors que les nuages réglementaires s’accumulent, Nvidia a choisi la SIGGRAPH de Los Angeles pour frapper fort. La nouvelle plateforme réseau Spectrum-6 atteint une capacité de commutation de 102,4 térabits par seconde — le double de son prédécesseur. Microsoft, CoreWeave et Nebius figurent parmi les premiers clients de ce système conçu pour les data centers géants où s’entraînent les modèles d’IA les plus complexes.
Parallèlement, Nvidia a dévoilé les spécifications de son premier processeur serveur maison, la Vera-CPU. Basée sur l’architecture Olympus, elle embarque 88 cœurs et 176 threads avec un design de multithreading spatial optimisé pour l’IA agentique. Capable de supporter jusqu’à 1,5 téraoctet de mémoire LPDDR5X à 1,2 téraoctet par seconde de bande passante, la Vera-CPU promet de faire sauter les goulots d’étranglement entre processeur et GPU lorsqu’elle est associée aux puces Blackwell ou Vera Rubin via le réseau Spectrum-6.
AMD gagne du terrain, Nebius dans le viseur
Cette démonstration de force n’est pas un hasard. Lundi, AMD a annoncé que Microsoft Azure deviendrait client de référence de son système Helios, qui associe les GPU Instinct aux processeurs EPYC « Venice ». Un signal fort : même si Nvidia domine toujours très largement le marché des GPU pour data centers, l’arrivée d’un hyperscaler comme Microsoft chez AMD confirme la tendance à la diversification.
Pour contrer cette menace, Nvidia mise sur Spectrum-6 comme barrière technique : les modèles à des billions de paramètres nécessiteront ces débits réseau, verrouillant de fait les clients dans l’écosystème. La participation de 9,3 % dans Nebius Group — révélée par une notification obligatoire — illustre la même logique : Nvidia sécurise par le capital les « néoclouds » qui adopteront en premier ses dernières innovations. Les 22,26 millions d’actions, adossées à des bons de souscription exerçables à partir du 11 septembre 2026, renforcent ce maillage stratégique.
Les deux scénarios pour l’action
Le titre conserve un gain de 13,50 % depuis le début de l’année et se négocie 30,15 % au-dessus de son plus bas sur 52 semaines. L’objectif de cours moyen des analystes, à 264,83 euros, implique un potentiel de hausse de 45,6 %. Mais ce scénario suppose que le déploiement de Vera Rubin — dont le PDG Jensen Huang a qualifié les volumes de « gigantesques » — se déroule sans accroc technique.
À l’inverse, si la notification de griefs française impose des conditions qui remettent en cause l’exclusivité de CUDA, l’action pourrait tester le support de la moyenne mobile à 100 jours, actuellement à 172,26 euros. Le prochain rapport trimestriel, attendu fin août 2026, sera crucial : il devra confirmer que les livraisons de Vera Rubin sont bien sur la trajectoire promise par Huang. D’ici là, le marché reste suspendu à la décision de l’Autorité de la concurrence — un verdict qui pourrait soit lever un poids, soit ouvrir une brèche dans le rempart de Nvidia.
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