L’action Nvidia a terminé la semaine sur une note de stabilité en Europe, à 204,80 euros, portant son gain depuis le 1er janvier à 28 %. Ce calme apparent masque une séquence agitée, où les bonnes nouvelles opérationnelles ont dû composer avec une nervosité persistante autour des dépenses d’intelligence artificielle.
Un projet européen comme preuve d’exécution
C’est peut-être le signal le plus concret de la période. Le français Mistral a révélé mardi que son modèle Le Chonk avait été entraîné pendant deux mois sur 4 000 processeurs graphiques Grace-Blackwell de Nvidia, avec une puissance de calcul hébergée intégralement dans des centres de données européens. Pour le fabricant de Santa Clara, ce déploiement apporte la démonstration que sa dernière architecture tourne déjà à pleine échelle, y compris en dehors des grands groupes technologiques américains.
Morgan Stanley abonde dans ce sens. Dans un rapport relayé par Reuters lundi, la banque américaine a classé Nvidia et Broadcom parmi les valeurs relativement à l’abri des goulets d’étranglement affectant les centres de données outre-Atlantique. Des retards sur des composants secondaires, notamment les mémoires, restent possibles, mais ils ne remettent pas en cause les projections de l’établissement pour 2027.
Le front commercial s’élargit
La veille, BNP Paribas avait relevé son objectif de cours de 285 à 345 dollars, en maintenant sa recommandation à « Surperformance ». Le rôle de Nvidia comme socle informatique de l’économie mondiale de l’IA constitue, aux yeux des analystes, le principal pilier de cette confiance. Mercredi, le cabinet Yorkville Ives a emboîté le pas avec un avis « Surperformance » et une cible de 300 dollars, invoquant la même logique de plateforme incontournable.
L’entreprise ne se contente pas de vendre des puces. Fin septembre, elle a dévoilé l’Open Agent Safety Platform, un ensemble qui associe le logiciel open source OpenShell au design de référence Sentry pour surveiller et sécuriser les agents d’IA — une offre déployable, selon la société, jusque sur des plateformes de calcul tierces. Mercredi également, Nvidia et Microsoft ont présenté de nouveaux PC Windows bâtis sur RTX Spark : les précommandes sont ouvertes et les livraisons prévues pour le 16 octobre.
Un milliard pour la recherche, 235 milliards pour le capital
Le groupe élargit aussi son assise financière et scientifique. Son conseil d’administration a porté fin septembre l’autorisation de rachat d’actions de 150 milliards de dollars supplémentaires, ce qui porte l’enveloppe résiduelle à 235 milliards, un programme destiné à courir jusqu’à l’exercice 2028. Parallèlement, Nvidia a annoncé des engagements de 1 milliard de dollars étalés sur cinq ans en faveur de la recherche américaine, couvrant la recherche universitaire, l’informatique quantique et des services cloud pour des commandes publiques — sans préciser la répartition des fonds.
Quand la prudence reprend le dessus
Le tableau n’est pourtant pas uniformément rose. L’opérateur australien de centres de données Firmus, soutenu par Nvidia, a renoncé à son introduction en Bourse de 5 milliards de dollars, invoquant la volatilité des marchés et privilégiant désormais des sources de financement privées. Pour Reuters, cet échec alimente le scepticisme des investisseurs sur les valorisations du segment de l’infrastructure d’IA.
Le contexte boursier reste en effet fébrile. La veille, les valeurs technologiques avaient reculé après des informations sur le chiffre d’affaires d’OpenAI : si la société promet un revenu annualisé d’au moins 70 milliards de dollars d’ici fin 2026, un niveau d’environ 50 milliards atteint en septembre a brièvement ravivé les doutes sur le rythme des dépenses. L’action Nvidia avait alors cédé 2,9 %.
En fin de semaine, le titre s’échangeait à 205,05 euros, soit 5,1 % sous son plus haut sur douze mois. La combinaison de projets opérationnels tangibles et de programmes de long terme consolide les fondations de l’entreprise. Mais avec des références de valorisation aussi élevées dans le secteur, ce sont les prochaines annonces de dépenses des grands clients des centres de données qui devraient continuer de dicter la tendance.
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