Le patron de Nvidia, Jensen Huang, reçoit ce jeudi la National Medal of Science des mains de la Maison-Blanche, une distinction qui coïncide avec une démonstration de force du groupe sur le terrain des infrastructures de recherche. Au même moment, à Washington, le sommet « Science: A New Golden Age » a servi de tribune à onze partenaires industriels, qui ont collectivement promis 2,4 milliards de dollars de puissance de calcul à la « Genesis Mission », l’initiative scientifique nationale américaine.
La contribution de Nvidia se détache nettement du lot : sur cinq ans, le fabricant de puces s’engage à mettre à disposition des ressources informatiques valorisées à un milliard de dollars. Un geste qui prolonge une relation déjà ancienne avec les laboratoires fédéraux — plus de vingt ans de coopération avec les centres de recherche américains — et qui se matérialise actuellement par la construction, au sein de l’Argonne National Laboratory, du plus grand supercalculateur scientifique du département de l’Énergie.
Deux machines baptisées Solstice et Equinox, associées à des processeurs graphiques Blackwell, doivent y délivrer 2 200 exaflops de puissance dédiée à l’intelligence artificielle. Les chantiers visés couvrent l’informatique quantique, la superintelligence, la sécurité énergétique et la médecine. Selon Huang, l’objectif est clair : ouvrir aux chercheurs américains les capacités de calcul les plus avancées pour accélérer les percées en matière médicale, dans la science des matériaux et dans le génie énergétique.
Une séance sous le signe des taux, pas des fondamentaux
Sur les marchés, ces annonces n’ont pas déclenché d’emballement. La veille, la hausse des rendements des obligations d’État américaines à dix ans et la remontée des cours du pétrole avaient pesé sur l’ensemble du secteur des semi-conducteurs. Nvidia a reculé dans le sillage de Micron, SK Hynix et AMD, sans qu’aucun élément propre à l’entreprise n’explique ce mouvement. Les investisseurs ont arbitré à la baisse dans toute la branche, les coûts de financement plus élevés pénalisant par nature les valeurs de croissance gourmandes en capitaux.
Ce jeudi, la tendance se stabilise. L’action s’affiche à 211,15 euros, tout juste sous son niveau de la veille et à portée de son plus haut sur cinquante-deux semaines de 216,10 euros, atteint mardi. En Bourse allemande, le titre avait cédé 2,3 % la veille à 207,20 euros, ce qui n’empêche pas une progression de 29 % depuis le début de l’année.
Le bureau, nouveau terrain de conquête
Pendant que la macroéconomie dicte l’humeur du marché, Nvidia avance ses pions sur le poste de travail. Les précommandes mondiales d’ordinateurs portables équipés du superchip RTX Spark ont été lancées mercredi, pour une livraison qui doit débuter le 16 octobre. Le groupe a également annoncé des systèmes de bureau compacts, attendus en rayon en novembre, ainsi qu’un aperçu de la station de travail DGX Station sous Windows.
L’ambition affichée : rapprocher la puissance de calcul locale pour l’IA du bureau des développeurs, en s’appuyant sur des partenariats dans l’univers du PC. Une manière de préparer le terrain à des usages exigeants qui ne peuvent pas tous transiter par les centres de données. Pour les utilisateurs spécialisés, une configuration de la DGX Spark dotée de 64 gigaoctets de mémoire fera son apparition via des partenaires matériels, autour de 4 999 $. Le segment grand public n’est pas oublié : mardi, le groupe a annoncé la prise en charge de nouveaux titres, dont un pilote pour Call of Duty: Modern Warfare 4 et Gears of War: E-Day, exploitant la technologie de suréchantillonnage DLSS 4.5 et le ray tracing.
Le soutien des hyperscalers et un œil sur les rendements
À plus long terme, la demande pour les accélérateurs de Nvidia reste indexée sur les budgets d’investissement des géants du cloud. L’analyste Daniel Ives souligne que les cinq premières plateformes de cloud computing prévoient à elles seules environ 850 milliards de dollars de dépenses cette année. Pour les exercices 2027 et 2028, AWS envisage par exemple le déploiement de deux millions de processeurs graphiques Nvidia. Morgan Stanley a de son côté confirmé un objectif de cours de 300 dollars.
Les résultats suivent : au deuxième trimestre de l’exercice 2027, le chiffre d’affaires a bondi d’environ 106 % sur un an, à 96,22 milliards de dollars, porté par le segment des centres de données qui a généré 89,02 milliards. Le management vise déjà 108,0 milliards de dollars de recettes pour le troisième trimestre. La principale incertitude demeure la capacité des hyperscalers à rentabiliser leurs investissements massifs dans les centres de données. L’ancrage dans les programmes de recherche publics offre toutefois à Nvidia une base technologique qui dépasse le seul cadre des applications cloud commerciales.
En marge de ces actualités, une divulgation financière de Donald Trump a fait apparaître des transactions sur des titres Nvidia en août : des achats allant jusqu’à 1,6 million de dollars et des ventes pouvant atteindre un million. La Maison-Blanche précise que des institutions financières indépendantes gèrent ce portefeuille en répliquant les indices de marché.
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