Le métal jaune a repris sa marche en avant. Mercredi, l’once a franchi le seuil des 4.400 dollars pour clôturer à 4.478,80 dollars, signant un gain de 1,2 % par rapport à la veille et un sommet inédit depuis environ deux mois. Derrière cette poussée, un déclencheur conjoncturel de taille : l’inflation américaine de juillet, conforme aux attentes avec une hausse de 0,1 % sur un mois et de 3,4 % sur un an. L’indice sous-jacent, lui, a progressé de 0,2 % en rythme mensuel et de 2,5 % en glissement annuel.
Ces chiffres ont eu un effet immédiat sur les anticipations de politique monétaire. La probabilité d’un nouveau tour de vis de la Réserve fédérale en septembre, telle que mesurée par l’outil CME FedWatch, est retombée d’environ 46 % à quelque 40 %. Un réajustement qui a soulagé les marchés obligataires : le rendement du T-note à dix ans a cédé 3 points de base à 4,668 %, tandis que celui de l’échéance à deux ans a reculé de près de 5 points de base. Des rendements réels en baisse, un vent traditionnellement porteur pour un actif qui ne verse aucun coupon.
La Chine, pilier structurel de la demande
Mais réduire cette dynamique à la seule question des taux serait trompeur. Depuis des mois, les banques centrales, au premier rang desquelles celle de Pékin, façonnent un socle de demande qui transcende les aléas conjoncturels. La People’s Bank of China a ainsi étoffé ses réserves d’or pour le 21e mois consécutif en juillet, ajoutant environ 640.000 onces à son stock. Selon les données officielles antérieures, celles-ci atteignaient déjà 74,96 millions d’onces en mai, soit un gain de 0,32 million d’onces sur un mois, tandis que les réserves de change totales grimpaient à 3.4422 billions de dollars, leur plus haut niveau depuis novembre 2015.
Les chiffres divergent selon les sources — certaines évoquent une série de 19 mois, d’autres de 21 —, mais la tendance ne prête guère à controverse : Pékin n’a pas interrompu ses achats depuis l’an dernier, invoquant officiellement un objectif de diversification et de soutien à la stabilité de sa monnaie. À l’échelle mondiale, le Conseil mondial de l’or chiffre les acquisitions des banques centrales à 289 tonnes au deuxième trimestre, en hausse de 62 % par rapport à la même période de l’an dernier. Les ETF adossés à l’or physique renouent par ailleurs avec les entrées de capitaux, les véhicules chinois ayant enregistré 14 jours consécutifs de souscriptions nettes.
Une trajectoire impressionnante, des signaux de surchauffe
La vigueur du rebond se mesure à l’aune des moyennes mobiles. L’once évolue désormais 7,4 % au-dessus de sa moyenne à 50 jours (4.171,19 dollars) et tente de revenir au-dessus de sa moyenne à 200 jours (4.541,34 dollars), dont elle reste encore distante de 1,4 %. Sur trente jours, la progression atteint 10 % — certaines mesures évoquent même 12 % depuis fin juillet — et le gain annualisé avoisine 34 %. De quoi relativiser la chute intervenue en juillet, lorsque le métal avait plongé jusqu’à la zone des 4.020-4.040 dollars, soit un recul de 25 à 28 % par rapport au record historique de 5.586,20 dollars touché fin janvier.
Cette ascension rapide n’est toutefois pas sans laisser de traces. L’indicateur RSI, à 68,9, signale des conditions de surachat, et la Bespoke Investment Group juge une correction à court terme plausible. Les analystes y verraient davantage une opportunité d’entrée qu’un retournement de tendance, tant le soutien structurel des banques centrales et des investisseurs institutionnels paraît solide. Certains stratèges évoquent même un possible point d’inflexion en faveur de l’or et de l’argent dans le rapport entre matières premières et actions, tout en mettant en garde contre la fragilité de la rallye boursier.
Les prochains rendez-vous à surveiller
La prudence reste néanmoins de mise. Les tensions géopolitiques, notamment entre Washington et Téhéran, pourraient inverser brutalement la dynamique actuelle. À plus brève échéance, la publication ce jeudi des prix à la production américains et des inscriptions hebdomadaires au chômage fournira de nouveaux indices sur la trajectoire que la Fed adoptera en septembre. Deux données qui, couplées aux flux persistants en provenance d’Asie, dessinent un marché à double visage : fondamentalement soutenu, mais techniquement exposé à des à-coups.
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